"Dancing queen", "Fernando", "Money Money"... Dès les premières mesures, c'est plus fort que nous, on chantonne. Depuis qu'ils ont gagné l'Eurovision en 1974 avec "Waterloo", Agnetha, Björn, Benny et Anni-Frid – intiales A.B.B.A. – ont collectionné les disques d'or et les records. Le groupe a vendu 375 millions de disques dans le monde : il a pourtant fallu attendre cette année pour que la Suède honore ses meilleurs ambassadeurs.

Le musée Abba a ouvert à Stockholm le 7 mai dernier, sur l'île verte de Djurgarden, en présence de quatre sexagénaires radieux... qui rejettent toujours l'idée de se reformer. Depuis, la ferveur n'est presque pas retombée : 250 000 visiteurs sont attendus par an, un objectif raisonnable vu le capital sympathie du groupe. A quoi tient le succès d'Abba, pourquoi est-il impossible de ne pas chanter à tue-tête leurs refrains ? En choisissant de faire participer au maximum le visiteur, l'expo résout en partie le mystère.

Décrochez, c'est Abba qui appelle

L'entrée met dans l'ambiance : un écran géant retransmet en accéléré des images du groupe au top de sa forme (entre 1974 et leur séparation en 1982), et les premiers sourires surgissent. La reconstitution d'un parc suédois dans les années 60 résume ce que faisaient Benny Andersson, Björn Alvaeus, Anni-Frid Lyngstad et Agnetha Fältskog avant de former Abba. Leur premier tube, "Ring Ring", est symbolisé par un téléphone rouge dont ils ont le numéro. L'un d'eux peut appeler à tout moment pour papoter avec l'heureux visiteur qui décrochera. Plus loin, une réplique des studios Polar abrite un piano connecté au studio actuel de Benny Andersson, sur l'île voisine de Skeppsholmen : dès que Benny joue chez lui, on peut l'entendre dans le musée. Le jour de notre visite, les quatre Abba devaient tranquillement fêter Midsommar, la fête de l'été nationale... 

Des archives pour résumer une carrière exceptionnelle

De façon plus traditionnelle, le musée Abba regroupe tout ce qu'il faut de costumes, de 33 tours, de photos, de vidéos et de souvenirs originaux, jusqu'aux produits dérivés pour retracer leur énorme succès : Björn Ulvaeus a beaucoup contribué à exposer ces archives. La conservatrice, Ingmarie Halling, était l'ancienne styliste et coiffeuse du groupe entre 1977 et 1980. Elle témoigne : "J'ai assisté aux tournées mondiales, et j'ai vu le travail accompli en coulisses comme sur scène. Derrière ce succès, il y avait un travail acharné et une vie quotidienne ordinaire. J'espère que nous avons réussi à créer à la fois une vision documentaire et une exposition musicale spectaculaire."
 
Chanter avec des hologrammes

On peut la rassurer, d'autant plus que la scénographie n'oublie jamais que toutes les générations et tous les pays doivent s'y retrouver. En scannant son ticket, on peut se glisser dans la loge d'une tournée, ou chanter dans une cabine comme pour une audition. Un trentenaire asiatique y va franco avec "Mamma Mia", avant de s'étouffer de rire. Plus loin, une grand-mère et sa petite-fille suédoises chantent ensemble sur une scène le début de "Dancing queen", entourées des membres du groupe en hologrammes. Le rendu est aussi charmant qu'impressionnant. "Moi, j'aime Abba depuis toujours, nous dit Hannah après sa performance, mais j'ai l'impression que ma petite-fille, qui a 8 ans, connaît déjà la plupart de leurs chansons."

Un Swedish Music Hall of Fame clôt la visite. Bien conçu lui aussi, avec des cabines interactives par décennie, histoire de rappeler que les Cardigans, Kent, Europe et Neneh Cherry ont aussi vu le jour en Suède. Mais c'est un autre refrain qu'on fredonne en sortant du musée, dans la douceur de la courte nuit suédoise : "Gimme gimme gimme a man after midnight..."

 

The Abba Museum, Djurgarden 68, Stockholm.
Le Melody Hotel a été construit au-dessus du musée : on peut y séjourner à partir de 160 euros/nuit. Infos et tarifs sur Melodyhotel.se.