Avant l'ère de Facebook, de l'iPhone et du tout-numérique, il y eut l'ère du walkman, des cabines téléphoniques… et des photomatons. Pierre et Gilles, auteurs de photos ultra-léchées aux couleurs acidulées, sont aussi passés par là. Pendant plus de vingt ans, ils ont dépensé des fortunes en pièces de 5 francs pour faire des photomatons d'eux-mêmes, de leur famille, de leurs amis, sobres ou déguisés, sérieux ou délirants, des années d'anonymat à celles de la célébrité. Le meilleur de cette collection inédite est réuni dans une "Autobiographie en photomatons (1968-1988)" (Bazar Editions), un beau livre en forme de portrait d'époque, bourré de souvenirs très personnels. "C'est toujours un peu douloureux de se retourner vers le passé, admet Gilles, mais c'est devenu un besoin, on le regarde comme un album de famille, comme le petit film d'une époque."
Du Havre au Palace
On y découvre qu'avant d'être le duo branché que s'arrachent les stars, il y avait Gilles Blanchard, étudiant aux beaux-arts du Havre, et Pierre Commoy, fils d'opticiens à La Roche-sur-Yon, tous deux fils de bonne famille. Leur coup de foudre en 1976 lancera une carrière qui n'a jamais connu de bas, jalonnée par des milliers de photomatons, dont seulement un cinquième se retrouve dans le livre. "On choisissait les meilleurs appareils, se souvient Pierre, celui de la Bastille avait une belle lumière, même les contrastes étaient bons. ça avait vraiment un sens d'avoir sa photo unique en trois minutes, c'était drôle, magique." Le livre donne à voir la grande époque du Palace, dans les années 80, la fête, les copains... "On sent cette ambiance, sans décor, juste à travers les visages, ça raconte une époque", dit Gilles. Pourtant, ce n'était pas que le bon temps. "A la fin du livre on voit que derrière ce côté joyeux, ça a fini un peu mal pour certains." On voit passer Gainsbourg, Alain Pacadis, Eva Ionesco... Et un tout jeune homme à la bouille ronde qui est devenu Christian Louboutin.
Le goût du portrait
Et puis, le progrès a changé la donne. "A la fin des années 80, ce n'est plus pareil, regrette Pierre. Les photomatons sont plus chers, on les parque dans les grands magasins. Ce n'était plus drôle comme avant." Leur travail de photographe se poursuit. "Le photomaton est à l'opposé de qu'on fait aujourd'hui, constate Gilles, mais le goût du portrait est le même. C'est toujours un peu ce qu'on fait à travers nos photos décorées, toujours les mêmes obsessions. Nos premières photos étaient sur des fonds de couleur très simples, les ornements et la mise en scène sont arrivés au fur et à mesure." Et comme ils sont toujours été de leur temps, Pierre et Gilles font comme tout le monde : "Avec le téléphone portable les gens se photographient pour un rien, conclut Gilles. On en fait aussi, et les couleurs sont très vives !"















