Votre duo fonctionne à merveille dans Le Grand Soir. Aviez-songé à travailler ensemble avant ?

Benoît Poelvoorde : Absolument. Je me faisais souvent la remarque : il faut que je fasse un film avec Albert. Encore fallait-il trouver le bon projet.
Albert Dupontel : Depuis, on n’arrête pas de rigoler comme des fous. On s’appelle même trois fois par jour.

Mais il se murmure que vous avez failli refuser de faire le film. Et que que Gustave Kervern et Benoît Delepine ont envisagé de jouer vos rôles eux-mêmes. Vous confirmez ?
 
Benoît Poelvoorde : Oui, oui... C’est vrai. (sourire)
 
Albert Dupontel. : Au premier rendez-vous, j’ai fait la grosse connerie de venir à jeun (rires). Ça s’est mal passé. Benoît était en train de ramper dans son vomi en me disant « Albert, lâche-toi ! » avec son rire batave. Du coup, je suis parti prudemment et sur la pointe des pieds en me disant que je ne voulais plus jamais faire de cinéma.
 
Et qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

 
A. D. : Après quelques semaines, j’ai relu le scénario, qui est quand même super. Je leur ai dit que j’étais près à le faire gratis. Benoît a dit « Moi non ! ». Alors j’ai répondu : « Bon d’accord, je fais comme Benoît » (rires). Je trouve que ce film parle superbement des choses qui nous environnent. Le journal télévisé raconte constamment le chômage, la misère, la crise... Mais ça ne reste que des mots, tellement triviaux qu’ils en deviennent cyniques à la longue. Ici, on met des images drôles sur la réalité.
 
B. P . : Drôles et très poétiques. Il y a des cadrages magnifiques !
 
A. D. : Sincèrement, si je n’y croyais pas, je ne serais pas là à t’en parler.

Sur le tournage, Kervern et Délépine vont-ils laissé un peu improviser ? Ou étaient-ils très directifs ?
                                                                                                                                         
A. D : C’était très maîtrisé, même si on partait dans tous les sens. Cette énergie brouillonne, un peu infantile et couillonne, ils l’ont canalisée.
 
B. P. : Il ne fallait pas croire qu’on pouvait faire n’importe quoi, picoler et tout. Parce que Benoît et Gustave peuvent être pires que des réalisateurs dictatoriaux. Ils ne sont pas complaisants et peuvent t’embêter pendant trois heures pour réussir un plan. Ils sont très précis même s’ils ont l’air à coté de leurs pompes.
 
Au fait, avez-vous eu une période punk lorsque vous étiez plus jeunes ?

 
A. D. : Ah jamais ! Moi j'ai fait médecine et je cherchais à m’insérer comme un fou furieux. J’étais premier de la classe et tout à basculer quand j’ai compris que j’étais mortel. Je me suis dit « Oh putain Albert, faut te dépêcher de vivre ! ». (rires) Et toi Benoît, tu ne voulais pas devenir peintre ?

B. P. : Ouais mais je n'étais pas vraiment fier de mes toiles. Ce qui m'intéressait c'était de savoir qui achetait celles des autres. (rires)