C'est un film qui a failli ne jamais voir le jour. En salles mercredi dans toute la France, Gravity a nécessité près de cinq ans de travail à son auteur, le Mexicain Alfonso Cuarón. Soit l'histoire de deux astronautes, joués par George Clooney et Sandra Bullock, livrés à eux-mêmes dans l'espace suite à une pluie de débris. Sorti il y a trois semaines aux Etats-Unis, ce long-métrage hors norme occupe depuis la première place du box-office. Et pourrait bien décrocher une rafale d'Oscars, au printemps prochain. Explications.

Un défi technologique inédit
Gravity part d'une idée originale d'Alfonso Cuarón et de son fils, Jonàs. "Et si on racontait l'histoire d'un astronaute qui dérive dans l'espace à l'infini ?", se souvient le premier. Sur le papier, c'est simple comme bonjour. Dans la pratique, ce sera un enfer. "Il a fallu inventer de nouveaux outils, sans savoir la veille du tournage s'ils allaient fonctionner", reconnaît le cinéaste. Pour recréer l'impression d'apesanteur, et reproduire la rotation des personnages dans l'espace, l'équipe de Gravity va créer un système complexe de câbles et de caméras pilotées à distance. Patients, les comédiens devront tourner chaque plan d'ensemble image par image, comme s'ils étaient les marionnettes d'un film d'animation. 

Une histoire émouvante avant tout
Attention, Gravity est tout sauf un grand machin expérimental, destiné aux geeks passionnés de conquête spatiale, même s'il a reçu la bénédiction des experts de la NASA. "Nous voulions proposer une expérience qui scotche le spectateur à son siège, tout en racontant une histoire émouvante, explique Alfonso Cuarón, avec entre les deux des métaphores visuelles qui véhiculent des thèmes forts, comme celui de la renaissance d'un individu face à l'adversité." Sa botte secrète ? Deux acteurs formidables, George Clooney et Sandra Bullock, qui ont remplacé Angelina Jolie et Robert Downey Jr, prévus à l'origine.

Un "vrai" film de cinéma
A l'heure où la fréquentation des salles se casse la figure, le film d'Alfonso Cuarón redonne au spectateur de vraies bonnes raisons de payer sa place, plutôt que rester assis dans son canapé à attendre la sortie du DVD. "La plupart des films mainstream sont des pièces radio avec des images", soutient le cinéaste mexicain. "Avec la 3D, le format IMAX et le son Dolby Atmos, j'espère avoir crée l'équivalent d'une expérience de réalité virtuelle. Sauf que c'est moi qui tient les manettes".

Déjà une référence du genre ?
Fin connaisseur, James Cameron a qualifié Gravity de "plus grand film sur l'espace depuis 2001 de Stanley Kubrick". Le compliment fait sourire Alfonso Cuarón, qui avoue ne pas avoir revu le classique de 1968 avant de se lancer. "J'aurais été paralysé et je serais parti travailler dans un McDo !", lance-t-il en souriant. Un peu comme si j'avais pris une douche à côté de Rocco Siffredi, avant d'aller faire l'amour à ma petite amie. Ca aurait été mission impossible !" (rires).