Il s'en passe de belles sous les ors de la République. La Monnaie de Paris accueille du 11 mars au 30 avril 2016 une exposition de Yannis Kounellis. Né en 1936, l'artiste, qui vit depuis l'âge de 20 ans en Italie, est une des grandes figures de l'Arte Povera. Ce mouvement contestataire italien s'est monté dans les années 1960 contre le marché de l'art et se caractérise par l'utilisation de matériaux parfois invendables.

De fait, dans un coin de la première salle deux poissons se terrent au fond d'un récipient posé sur une chaise. Un couteau, qui pourrait vite les transformer en sushi, trempe ostensiblement dans l'eau. Cette mise en scène poétique et drôle tranche avec les immenses et menaçants chevalets de métal disposés au milieu de la pièce.

Y a-t-il un décodeur dans la salle ?

Juste devant eux, au milieu d'un lit de clous, un matelas de fer accueille une cage grillagée dans laquelle plusieurs rats font leur vie, indifférents au grabat d'à côté qui s'embrase deux fois par jour. Si le public reste stupéfait devant cette installation qui contraste avec le magnifique salon du XVIIIe siècle, la Monnaie de Paris, elle, n'y voit rien d'étonnant. Pour l'institution, l'œuvre rappelle parfaitement son activité industrielle alors qu'aujourd'hui encore 200 ouvriers travaillent sur place à fondre et frapper les pièces de monnaie.

De son côté, Kounellis s'avère aussi cryptique que ses œuvres. Coincé entre deux portes, il se prête au jeu de la conférence de presse improvisée. ''Ces œuvres sont comme des cavités théâtrales à l'intérieur desquelles l'artiste fait une dramaturgie. Ce n'est pas une représentation mais une présentation''. Alors qu'un journaliste lui demande ''Dans quelle mesure la Grèce et la situation du pays se retrouve dans son art'', il répond : ''Dans la mesure''.

Hors du temps

En parlant de mesures, un peu plus loin, un violoniste en costume joue inlassablement les mêmes notes sur lesquelles une danseuse en tutu effectue quelques pas. Sur le côté, des frusques noires attendent leurs hypothétiques propriétaires. L'ensemble offre une vision assez hypnotique.

Et sinon ? Sinon, il y a aussi les corps du Christ – enfin parait-il – matérialisés par d'immenses tronçons de métal qui reposent sur des lits de camps, une montagne de graines de tournesol qui s'élève sur des sacs de jute, d'immenses plaques d'acier recouvertes de charbon et une batterie de couteaux qui nous donnent l'impression d'être coupés du monde extérieur. Et curieusement, ça fait du bien.

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