Présenter un journal télévisé, c'est une nouvelle expérience pour vous. Êtes-vous anxieuse ?
J'avoue que je balise un peu ! Aujourd'hui sur D8, on va s'amuser, certes, mais piloter un JT, c'est aussi un challenge. Je vais devoir me lever aux aurores pour préparer et hiérarchiser l'information. C'est un exercice de présentation que je n'ai jamais fait, très différent du talk-show.

La présentation du JT est un exercice sérieux. Allez-vous y mettre votre touche personnelle ?
Ce n'est pas parce que de temps en temps je me permets un bon mot que je ne sais pas faire sérieusement les choses. Vous savez, j'ai géré des centaines de milliards d'euros à la tête d'administrations, présidé des auditions, des collectivités, ça n'autorise aucune fantaisie. On peut être sérieux sans se prendre au sérieux. La présentation d'un journal est une éthique de vérité et d'impartialité. Et ça, je me sens tout à fait capable de l'assurer.

D8 fête ce mercredi ses 6 mois d'existence. Quel bilan tirez-vous de votre expérience de chroniqueuse télé ?
J'en tire surtout un bilan global très positif pour la chaîne. On commence à susciter des jalousies, je trouve ça très encourageant (Rires). Et puis les audiences du Grand 8 ne cessent d'augmenter. L'émission a trouvé son rythme. Ce n'était pas évident, 5 filles en plateau qui font un magazine dans lequel on parle de tout. Mais la mayonnaise a pris et il y a une vraie entente entre nous.

Avec Cyril Hanouna, vous êtes l’autre star de D8. Qu'est-ce que ça vous inspire ?
C'est gentil de me le dire ! Moi je ne me sens pas dans une position de star. Ce qui me fait plaisir c'est que ce n'était pas évident de changer de métier et d'apparaître comme une vraie professionnelle. Mais aujourd'hui, personne, même les gens les moins bienveillants à mon égard, ne conteste que je suis capable professionnellement de faire ce que je fais. Qu'on m'aime ou pas, personne ne peut dire que je ne sais pas me comporter devant une caméra.

Justement, vous ne semblez rien vous interdire. Lundi soir, vous étiez en train de peloter Audrey Pulvar sur Canal+...
C'était sympa hein ? (Rires). J'ai la chance de faire une profession où on peut vraiment s'amuser. Je souhaite donner à ce que je fais un ton léger, même si derrière il y a beaucoup de travail et d'engagement. Je suis ravie de pouvoir mettre à profit ma fantaisie et mon goût de la dérision. A la télé, je m'éclate. Finalement quand on est ministre, on est condamné à la tristesse.

Votre expérience politique vous a-t-elle servi pour faire de la télévision ?
Evidemment. Quelque fois mes collègues du Grand 8 me disent : "Ah, mais toi tu sais tout !". C'est certainement le privilège de l'âge, mais c'est vrai que 30 ans de politique à des postes importants, c'est formateur. Quand on a été ministre de la Santé, des Sports, des Affaires Sociales, de l'Ecologie et du Développement Durable, qu'on a présidé une Commission d'aménagement du territoire et été député européen, on connaît le fonctionnement de la société. Tout cela ne s'apprend pas dans une école de journalisme. Moi je sors de l'école de la vie.

Où en est votre projet d'émission télé en solo ?
On m'a demandé un jour si j'aimerai présenter une émission dont je serai le pilote et j'ai répondu oui. Mais il n'y a aucun projet concret. Mon projet est de préparer la deuxième saison du Grand 8 et de finir le livre que j'écris sur Verdi. Sans oublier tous mes engagements citoyens. Si on me propose un beau projet compatible avec tout cela, pourquoi pas.

Quel regard portez-vous sur les scandales qui secouent le monde de la politique française en ce moment ?
Je suis passée de l'autre côté du miroir, et je regarde avec consternation ce qui s'y passe. Mais avec solidarité aussi car je me dis "Mon dieu si j'étais à l'Assemblée Nationale !". J'ai tourné une page et je n'ai ni regret, ni nostalgie. Mais j'imagine le chagrin de l'immense majorité des hommes politiques honnêtes, dévoués, qui ont une vie de chien et qui se voient ainsi l'objet de l'opprobre de l'opinion publique. C'est d'une violence inouïe.

La politique, c'est vraiment fini ?
Sur le plan d'une démarche de responsabilité oui. Mais je reste une citoyenne engagée, je garde du temps pour les engagements qui me tiennent à cœur. Lundi je suis allée voir des étudiants au Mans pour leur parler de l'égalité entre les hommes et les femmes. Je veux consacrer du temps aux jeunes, aux personnes en situation de handicap, aux malades du sida.

Finalement, avez-vous demandé votre carte de presse ?
Alors là, ça a fait un tel buzz cette affaire ! J'étais interrogée par un journaliste du Monde qui me demandait si j'allais réclamer ma carte de presse. Je lui ai répondu, pourquoi pas. Et là, mon Dieu, des polémiques, des attaques, comme si j'avais commis un crime de lèse-majesté. Comment moi, misérable femme politique j'allais oser demander la carte de presse ! On m'a même dit que la commission de la carte de presse s'est réunie pour examiner mon cas alors que je n'ai même pas fait de demande ! Heureusement que le ridicule ne tue pas. Au final, je n'en ai pas besoin. Il y a de grands journalistes qui ne l'ont jamais eue.

Votre expérience télé va-t-elle donner envie à des politiques de sauter le pas ?
Il paraît que Daniel Cohn-Bendit va jouer les chroniqueurs sportifs. Vous voyez, j'ai ouvert la brèche. Encore faut-il qu'ils apprennent ce métier car il faut peut-être avoir quelques qualités pour le faire !