Vous connaissez la Nièvre ? Comme beaucoup, vous allez répondre non. C’est où ça la Nièvre ? C’est proche de quelle grande ville ? Qu’est-ce qu’on y fait là-bas ? Il y a une spécialité gastronomique ? Benoît Minville, lui, connaît bien, il y a passé du temps quand il était plus jeune. Mais qu’est-ce qui peut bien s’y dérouler pour en faire un décor de polar ? Tout. Et rien en même temps. Il y a les copains. Il y a les vaches. Il y a la drogue aussi. Il y a la mort. Il y a la vengeance. Rural noir (à la Série noire), qui vient de sortir, c’est tout cela à la fois. Une histoire d’amitié. Une histoire de la crise aussi et de ses conséquences, sur les campagnes françaises, sur ses habitants. Un portrait de ce pays, hier et aujourd’hui, un miroir tendu vers ceux dont on ne parle jamais.

► C’est qui ?
Benoît Minville est né en 1978 à Paris. Costaud, barbu, tatoué, métalleux, il en impose au premier abord, mais s’avère doux comme un agneau en réalité. Libraire depuis une quinzaine d’années, passionné par le roman noir américain, bien connu des services de l’édition comme on dit tant il est prescripteur, il a déjà commis deux romans jeunesse aux éditions Sarbacane, dont le remarqué Les Géants (2014). Il fait ses premiers pas dans le polar pour grands en mettant un beau coup de pied dans la porte de la Série Noire avec Rural noir.

► Ça parle de quoi ?
Une histoire d’amitié. Une histoire de potes. Un gang de copains qui s’est juré fidélité à vie. Mais la vie, justement, les a séparé, les a embarqué sur des chemin différents, tortueux et, parfois, à la limite de la légalité. Romain, Vlad, Julie et Christophe. Le quatuor passe des vacances d’été insouciantes. Ils sont ados, ne pensent qu’à s’amuser, jusqu’à ce que se produise un événement qui va les marquer profondément et qui va marquer la fin de leur innocence. Dix ans plus tard, Romain revient. Mais, bien sûr, rien n’est plus comme avant. Vlad, son meilleur pote, vient de se faire passer à tabac. Il va falloir trouver ceux qui ont fait ça. Et pourquoi. Et régler aussi les comptes avec le passé.

► Pourquoi on aime ?
Ça commence avec du AC/DC et ça finit avec des larmes. Il y a des romans qui vous prennent aux tripes, de la première à la dernière page et Rural noir est de ceux-là. Une double intrigue, quatre personnages, un style direct, simple, fluide, grinçant, non dénué d’un certain humour parfois, des phrases qui claquent. Benoît Minville nous propose ici un texte qui rappelle Stand By Me, mais aussi Mystic River. Une sorte d’hommage au country noir américain, saupoudré d’une sauce bien locale. On est en plein dans la France des campagnes désertées, des villages qui se vident, des cafés qui ferment, du chômage, bref, la crise. Et au milieu de tout cela, l’amitié. Les drames. La vie. La mort. La justice. L’injustice. Benoît Minville était déjà un libraire qui compte. Il est en passe de devenir un auteur du même calibre.

Rural noir, de Benoît Minville. Éditions Gallimard, coll. Série Noire, 256 pages, 18 € 

A LIRE AUSSI
>> 
Rome est en feu dans "Suburra", premier grand polar de 2016
>> 
"Nous traverserons ensemble" : au chevet des réfugiés afghans
>> 
Sexe, meurtres et corruption : le "Tokyo Vice" dans la peau