Thomas Dutronc s’est fait un prénom auprès du grand public avec son premier album, Comme un manouche sans guitare. Sorti en octobre 2011, son deuxième opus, Silence on tourne on tourne en rond, affiche déjà plus de 130 000 exemplaires vendus. Tout l’été, il arpente les routes avec ses musiciens.
Passer l’été sur la route, c’est ambiance festive ou studieuse ?
C’est difficilement explicable. On est tous amis, mais on est une grosse équipe, puisqu’on est 7 musiciens sur scène et une dizaine de techniciens. Le but, c’est de s’amuser, prendre du plaisir sur scène et donner du plaisir aux autres. Si on commence à se faire chier, ça se sent immédiatement. En même temps, il faut toujours se renouveler, essayer de nouvelles choses. C’est comme boire modérément : c’est un juste équilibre entre tout oublier, s’éclater et faire la fête de façon « professionnelle ».
Il faut éviter l’effet Nouvel An, où l’on se sent obligés de faire la fête ?
C’est comme les fous-rires : il faut qu’on se fasse des bons moments. En même temps, comme on est tout le temps sur la route, il y a tout un côté physique à gérer. C’est assez ric-rac. On dort dans un tour-bus d’une date à l’autre, et c’est assez épuisant. Par exemple, cette nuit, j’ai dormi cinq heures, mais dans mon lit. C’est dix fois plus reposant. Quand le bus roule, on se réveille claqués, on a un peu le tournis. Donc il faut faire attention. Notamment parce qu’on est des copains et qu’il ne faut pas se coucher tous les soirs à 5 heures du matin après avoir vidé le bar… (rire) C’est une super expérience : chaque matin, on arrive dans une nouvelle ville, il y a des gens sympas, on sort les guitares et on joue en plein air… Ce ne sont quand même pas des vacances, car il y a beaucoup de pression, pour des raisons diverses. Le trac, c’est réel. On l’a forcément, même si on prend l’habitude, qu’on a du métier. Le trac, ça permet aussi de se dépasser. Et c’est bien. Car si on s’en foutait, on serait morts.
Vous faites de gros festivals cet été. Comme les appréhendez-vous ?
On fait les trois plus gros – Franco, les Vieilles Charrues et Paleo – à la file. Ce que je redoute, c’est justement la fatigue. Là, on est bons pour dix à quatorze heures de bus à chaque fois. Le train, c’est mieux, mais ce n’est pas pratique.
Du coup, comment vous organisez-vous dans le tour-bus ?
On fera attention. « Qui veut aller loin ménage sa monture. » On a un tour-bus tout neuf, très grand parce qu’on est 17 ou 18 dedans. Au premier niveau, il y a des tables, des frigos, une petite cuisine, des écrans pour jouer à des jeux ou regarder des vidéos et des toilettes. En haut, il y a les couchettes. J’ai une vraie chambre, mais au-dessus du moteur. On ne peut pas tout avoir !
"Dans les festivals, il y a un public à conquérir"
Sur votre tournée, y a-t-il des lieux qui vous semblent spéciaux ?
Il y a plein de villes où ça va être la surprise. Et il y a des endroits qu’on va découvrir. Mais on n’a pas vraiment étudié le truc. Je vois vraiment au jour le jour, semaine après semaine. Je n’ai pas du tout une vision d’ensemble. Et ça dépend tellement du temps et de notre état.
Votre setlist est-elle figée ?
On est tout le temps en train d’essayer de l’améliorer. Là, on commence à trouver la setlist idéale. C’est un autre travail pour les festivals que pour les concerts. On a mis au point tout un truc qui dure 1 h 50. Or dans les festivals, c’est au maximum 1 h 30, on peut être dehors, en plein jour, de nuit… Donc il faut définir la bonne setlist en fonction de l’événement. Et puis, sur les festivals, il y a un public à conquérir. On passe parfois avant des groupes mythiques, comme The Cure aux Vieilles-Charrues…
Vous étiez au départ du Tour de France, à Liège. C’est une ambiance particulière ?
C’est très populaire, très sympa. Traditionnel, aussi. Ça m’a rappelé mon grand-père, qui faisait le Tour de France assis sur sa chaise tout l’été.
"Je comprends l'envie de voyeurisme du public"
Vous avez un compte Twitter. C’est un média que vous appréciez ?
Je tweete, mais pas tant que ça. J’essaie de tweeter des choses un peu décalées, surprenantes. Un peu second degré. Je ne me prends pas pour un mec qui vit des trucs extraordinaires et qui va les raconter toute la journée. Je ne suis pas narcissique à ce point-là ! Quand il m’arrive des choses intéressantes, je ne pense plus à tweeter. J’étais à Londres il y a peu. Clint (silence on tourne), une chanson de l’album, n’était pas tout à fait finie. J’ai eu l’idée d’inviter Imelda May. On a fait réarranger le morceau par un réalisateur britannique. Il a fait venir jouer des pointures, comme le clavier de Jamiroquai. Le résultat était vraiment génial. Et là, par exemple, je n’ai jamais pensé à tweeter, car j’étais dans l’action. Je n’ai même pas pris de photo avec Imelda !
On sait peu de choses de vous…
Je comprends l’envie de voyeurisme du public. Mais je sais que ça coûte cher. Ce qui relève de la vie privée doit rester privé. Ça ne regarde que moi. J’ai été un peu élevé comme ça aussi. Mes parents (Jacques Dutronc et Françoise Hardy, ndlr) n’ont jamais été très démonstratifs. On est plutôt pudiques et discrets dans la famille. Et je vous avoue que ce genre de magazines people n’est pas ma lecture.
Vous avez une image de bon vivant, non ?
Je suis jouisseur, gourmand. J’adore le soleil et les melons bien mûrs.
Les melons ?
Sans arrière pensée, hein ! Un bon melon, l’été, c’est le paradis.
"On a choisi notre métier par passion"
Qu’est-ce qui vous pousse à avancer ?
On a choisi notre métier par passion. On a tous des musiciens qu’on admire au fond de notre cœur. On aime la vie parce qu’on a aimé ces gens-là, qui nous ont fait vibrer. Quand on est musicien, on aime jouer de la guitare sur la plage, on n’aime pas prendre le métro à 8 heures du matin… Comme beaucoup de gens, finalement.
Il s’est déroulé quatre ans entre le premier et le deuxième album. A quand le troisième ?
Ce qui s’est passé sur le premier disque, c’est que la tournée a duré deux fois plus de temps que prévu, car le succès est arrivé en cours de route. Là, c’est une tournée normale. Longue, quand même, car elle s’étend au final sur un an environ. Après, on va se mettre sur le nouvel album. Je suis tiraillé entre l’envie de faire un truc complètement pop à Londres ou complètement acoustique avec des manouches.
Pourquoi pas les deux, un double album ?
Une version acoustique, une version pop. Ce serait marrant. L’album actuel a plein de titres que j’aimerais retravailler différemment. Je vais peut-être le faire pour des bonus…
Vous prêtez votre image à quelques grandes causes, comme les Enfoirés. Etes-vous beaucoup sollicité ?
Je n’ai pas pu participer aux Enfoirés cette année, mais j’y serai l’an prochain, normalement. Je suis parrain d’Alis (Association du locked-in syndrome), aussi. Et on va faire une soirée pour la recherche contre Alzheimer en septembre. On est pas mal demandés, mais on est obligés de faire un tri, sinon on passerait toute notre vie à ça.















