"J’y croyais très fort… J’en étais presque sûre… Un peu comme Jeanne d’Arc qui entend des voix", lance Catherine Frot, César de la Meilleure Actrice à la main, en rejoignant la salle de presse. Quelques minutes plus tôt, elle est montée sur la scène du théâtre du Châtelet sous un tonnerre d’applaudissements pour mettre la main sur ce prix qui lui avait échappé par le passé à six reprises, notamment en 2008 et en 2013 avec les respectifs Odette Toutlemonde et Les saveurs du palais. Près de vingt ans après avoir soulevé le César de la Meilleure Actrice dans Second Rôle pour Un air de famille, la comédienne, parmi les plus aimées du grand public, a ainsi dézingué la solide concurrence qui lui faisait face.

Le rôle d’une vie

"Ce César, je le dois à Marguerite et à celui qui l’a réinventée, Xavier Giannoli (le réalisateur, ndlr)", a-t-elle précisé d’entrée, après un préambule en chanson. Sorti en septembre dernier, ce long métrage, désormais disponible en DVD et Blu-Ray, s’inspire de la vie de la chanteuse américaine Florence Foster Jenkins, réputée comme étant la pire voix de l’histoire de l’humanité (sa version de La Reine de la Nuit de Mozart, trouvable sur Youtube, est un must).

"Marguerite a particulièrement touché les gens (…) Vous savez, on devient petit devant un tel personnage." Et Catherine Frot de se souvenir : "Je me verrais longtemps chanter faux à tue-tête dans la cuisine devant ma fille, ça restera gravé en moi. Je me souviens avoir réécouté en boucle Callas et Jenkins, oscillant entre le sublime et l’inaudible."

"C’est une femme sincère et insensée"

La spécificité de ladite oeuvre ? Provoquer le rire coupable des spectateurs, qui ont été un peu plus d’un million à répondre présents en salles. Là réside justement la prouesse de Catherine Frot : apporter tout son capital humour et sympathie à cette femme esseulée devant sa passion. Un drôle de personnage à qui personne (ni la bonne société ni son entourage) n’ose dire la cruelle vérité, un être fragile que tout le monde veut irrémédiablement préserver.

"Elle chante faux mais elle a un tel désir de l’absolue beauté que c’est une artiste pour toi. (…) J’ai été touchée par son innocence un peu ambiguë, son jusqu’auboutisme candide et effarant… C’est une femme sincère et insensée qui, d’une certaine manière, s’apparente à un symbole de pureté." Pour info, une version américaine de ce récit hallucinant a été tournée avec Meryl Streep dans le rôle-titre… Oscar en vue ? 

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