Quel sésame, cet "Atelier". Pour voir un artiste sur son lieu de travail, inutile de prendre rendez-vous : Vincent Josse se charge de tout. Il nous cache sur son épaule pour rendre visite aux écrivains, musiciens, peintres, danseurs, et les observer à l'oeuvre. Hors promo, encouragés par la discrétion du micro et par le ton complice du journaliste, c'est incroyable comme ils s'ouvrent, et se confient, et se lâchent.

"C'est un exercice à la fois de préparation et de liberté totale", explique Vincent Josse, le maître d'œuvre de "L'Atelier. "Je travaille sur l'invité en amont puis je me laisse porter par lui, par ce qu'il est en train de faire et de me dire, dans son lieu in situ. C'est comme si je photographiais les étapes d'une création. Ce qui m'intéresse, c'est montrer 'qu'est-ce que je vais faire et comment je vais le faire', plutôt que 'voilà ce que j'ai fait'."

Humains avant tout

Le livre que Vincent Josse vient de tirer de l'émission regroupe les meilleurs moments de ces intimités généreusement partagées. Avec ses imprévus, comme le peintre Pierre Soulages, 93 ans, qui touche ses pieds avec le bout des doigts pour prouver sa souplesse. "La part d'imprévu est totale ! Et puis, ça fait de la bonne radio, les choses trop cadrées sont ennuyeuses, ou déjà entendues." Surtout, ces moments rappellent qu'on est face à des êtres humains, pas à des stars. "Ce sont des hommes et des femmes en proie au doute, avec plein de failles... L'aspect humain m'intéresse beaucoup."

Une gamme d'invités éclectique

Qu'il suive la soprano Natalie Dessay en répétition à Aix-en-Provence, Miss Tic dans la rue ou Alain Passard en cuisine, Vincent Josse arrive très vite à tisser une complicité. Même l'irascible Bartabas lui a fait des pâtes... Alors, il ose. La question qui tue : "Vous êtes heureux(se) ?" (Oui, ils le sont.) Ou quand il demande à la plasticienne Orlan son vrai nom : "Je l'ai oublié !" répond-elle.
Le journaliste a-t-il rencontré des réticences ? Parfois celle "de se montrer en train de chercher sans avoir trouvé. L'atelier, c'est un laboratoire". Des rencontres ratées ? Même pas. Seule une actrice britannique vivant en France n'a pas joué le jeu - non, ce n'est pas Kristin Scott Thomas. Il ne manque plus que l'image : ça aussi, Vincent Josse s'en est chargé, en prenant quelques photos pour le site internet de l'émission. Elles sont dans son livre, montrant des manuscrits, des pinceaux, du désordre, "l'œuvre en train de se faire, et le visage des artistes à ce moment-là. Ce sont des instants privilégiés". L'auditeur n'est pas le dernier à en profiter.

A lire :
L'Atelier, de Vincent Josse, Flammarion, 256 p., 25 euros.  
Et à écouter tous les samedis sur France Inter à 19 h 20 (ainsi qu'en podcasts).