Vous êtes nommée aux Victoires de la musique dans la catégorie "Meilleure artiste féminine", qu'est-ce que ça représente pour vous ?
C'est toujours très flatteur et agréable quand on pense à vous mais je ne suis pas très attachée au résultat, c'est le chemin qui compte. Je vis tellement d'expériences extraordinaires que je n'en ressens pas le besoin. La reconnaissance, je l'ai au quotidien quand je me retrouve face à un public.

Vous avez vécu une année 2013 incroyable, avec 800 000 albums écoulés pour votre deuxième album, Recto Verso, dans 58 pays...
Quelque chose s'est installé avec le public alors que tout le monde m'avait dit que faire un deuxième album était compliqué, que ça passait ou ça cassait. Je vais pouvoir continuer à faire ce que j'aime et donner beaucoup de concerts à l'étranger. Je ne me rends pas bien compte de l'impact dans tous ces pays, mais je vois tous les sourires dans le public. Les gens me disent qu'ils apprennent la langue française pour comprendre mes textes, ils aiment les valeurs que j'exprime, mon engagement.

Quels resteront vos meilleurs souvenirs de concerts ?
Le Festival Colours of Ostrava, en République Tchèque, dans une usine désaffectée, devant 25 000 personnes. A la fin du spectacle, les gens ont applaudi sans s'arrêter pendant un quart d'heure. Samara, au cœur de la Russie, devant 230 000 personnes, c'était Woodstock. Je me suis souvent retrouvée à jouer aux côtés de gens que j'admire. En France, on intellectualise énormément, on me met vite dans une case variété, alors qu'à l'étranger, les gens ne sont pas pollués par le texte, et j'ai souvent joué dans des festivals de jazz assez pointus.

Comment expliquez-vous cet engouement ?
J'ai parfois du mal à comprendre mais je crois qu'il y a quelque chose de l'ordre du sentiment humaniste. J'ai envie de faire du bien autour de moi, de nourrir la belle part dans l'humain, dans un monde où on nous sert que des choses négatives. Si on regarde la France aujourd'hui, on a l'impression d'être retourné au Moyen-Âge, d'entendre des discours où tout le monde se lâche. J'aimerais qu'on valorise davantage les belles choses, comme l'association Colibris dont je suis la marraine et à qui je reverse une grande partie des ventes de mon merchandising.

"Les gens ont dû être écœurés à force de m'entendre"

La musique est-elle aussi un moyen d'afficher votre engagement ?
Il y a des gens qui font de la musique seulement pour divertir, d'autres par vitalité et d'autres pour éveiller des consciences. Moi, je le fais pour fédérer, pour donner de la force à ces gens qui ont l'impression qu'ils n'en n'ont plus, leur dire qu'ils ont toujours le pouvoir. On peut le faire dans la joie et dans la bonne humeur, sans cracher sur tout le monde. Les manifs pour tous, c'est un appel à la violence et à l'intolérance.

Comment avez-vous vécu la surmédiatisation autour du premier album ?
C'était difficile à vivre et violent. C'était de la boulimie, les gens ont dû finir par être écœurés à force de m'entendre et de me voir. C'était une opportunité pour moi de développer mes projets. Ce qui était dur, c'est que je n'aime pas ce système, mais je me suis rendue compte que j'étais obligée de rentrer dedans pour le changer.

Et aujourd'hui ?
Je reconnais que c'est un privilège de faire ce métier, c'est une aventure extraordinaire. Le fait de gagner de l'argent efface quelques angoisses du quotidien, même si ça ne fait pas tout. Je m'en suis toujours sortie pour ne pas finir dans la rue. L'argent, ça a de la valeur quand tu n'en as pas. Maintenant, mon objectif est de m'acheter une maison, car je n'ai pas eu le temps jusqu'ici et j'habite un peu partout. J'aimerais bien prendre une année de repos pour oublier tout ça, le contrôle permanent de mon image.

On s'habitue à la notoriété ?
Je ne sais pas si je m'y habituerai complètement un jour. Ça m'arrive d'oublier que je suis connue et de ne pas comprendre qu'on me reconnaisse. C'est particulier, parce que les gens ont l'impression de te connaître personnellement, ils ont des a priori. Mais souvent on me dit que je suis beaucoup plus jolie en vrai qu'à la télé. Ce qui me manque, ce sont les réelles rencontres. Avant, j'adorais fixer les gens, observer le monde, presque par provocation.

Comment percevez-vous le climat souvent négatif autour de votre personnalité ?
J'ai l'impression que mon image est en train d'évoluer. On m'a souvent traitée de punk à chien, de fille qui ne se lave pas, alors que je n'ai jamais habité dans la rue. Il y a eu un espèce d'amalgame dès le début qui m'a fait passer pour ce que je ne suis pas. Au tout début, j'ai pu être blessée, mais j'ai compris que ce qu'ils jugent, c'est une partie d'eux-mêmes. Et puis en France, quand on gagne beaucoup d'argent, on est forcément corrompus.