La terre a tremblé en Haïti. Port-au-Prince m’est apparu comme un champ de ruines. Dans une odeur de mort, j’ai croisé des rescapés hagards qui erraient dans les décombres. Partout surgissent des camps de fortune qui s’imposeront durablement dans ce paysage dévasté. Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que nous n’avons pas tiré les leçons du tsunami. Haïti a été le théâtre de la plus grande désorganisation de l’action humanitaire. Et pourtant, la mobilisation internationale n’a pas failli. C’est l’absence d’un “chef d’orchestre” qui a conduit à refouler des ONG, à empêcher l’atterrissage d’avions remplis de secours et valu un procès d’intention aux Américains. C’est le manque d’organisation et de coordination dans l’urgence qui a entraîné la perte de beaucoup de temps et donc de vies par milliers.

Depuis 1997, je plaide pour la création d’une force internationale humanitaire de réaction rapide placée sous l’égide de l’ONU. Ce sont les Casques rouges. Ces frères humanitaires des Casques bleus qui ont manqué à l’appel et qu’aujourd’hui l’opinion appelle de ses vœux. Selon un sondage réalisé auprès de mille Français, 87 % pensent que l’aide apportée aux Haïtiens aurait été plus efficace si nous avions pu compter sur eux. D’habitude, on m’écoute le temps d’un tsunami. Puis la pression médiatique retombée, qui se souvient encore de cette nécessité ? Mais cette fois-ci, j’ai l’espoir que l’on retienne les leçons d’Haïti et que l’on entende l’appel du président haïtien, René Préval, qui le 22 janvier, déclarait : “C’est en amont que l’aide doit être organisée et j’appuie fermement la proposition de créer, à l’instar des Casques bleus de l’ONU qui font des interventions de maintien de la paix, une unité internationale sous l’égide de l’ONU, les Casques rouges pour que l’aide arrive avec efficacité le jour 1 et pas plus tard.” Certains, bien inspirés, ont la bonne idée de préconiser la création d’une force humanitaire européenne pour donner davantage de “visibilité” aux actions entreprises par les pays membres. Ai-je besoin de rappeler que l’action humanitaire ne se pense qu’en termes d’efficacité et de légitimité ? Seuls des Casques rouges de l’ONU, 100 % humanitaires, pourront coordonner l’action de toutes les forces en présence… qu’elles soient européennes ou américaines.


Pour des Casques Rouges à l’ONU (Ed. Cherche-midi).
www.casques-rouges.org