C’est l’un de ces moments qui font la magie du Festival de Cannes. Au milieu de la projo presse de Mommy, le cinquième film de Xavier Dolan, une merveilleuse idée de mise scène a provoqué des applaudissements nourris dans la salle. On ne révélera pas de quoi il s’agit aux futurs spectateurs de ce joyau. On peut en revanche leur parler du talent fou du jeune cinéaste québécois, né en 1989. Vous avez bien lu. 

Révélé sur la Croisette à tout juste 20 ans avec son premier film, le très personnel, J’ai tué ma mère, le cinéaste propose cette fois le portrait d’un autre fils, Steve, un ado souffrant de troubles psychiatriques, et de Diane, sa maman un brin excentrique. Lorsque le premier se fait chasser de l’établissement où il a été scolarisé, la deuxième décide de l’élever toute seule, à ses risques et périls. La cohabitation, qui tourne vite au vinaigre, va être chamboulée par l’arrivée de Kyla, la voisine d’en face, une enseignante timide qui a autant de mal à aligner deux mots que Diane et Steve enchainent les disputes, dans un langage pour le moins fleuri.

Un poignant message d'amour

Mommy, c’est d’abord un vrai, un grand, un beau mélo, avec trois comédiens en état de grâce qui nous tirent des larmes de joie, de tristesse, de rage, suscitent une foule d’émotions contradictoires tout au long de 2h15 qui passent à la vitesse de l’éclair. L’incroyable Anne Dorval, le renversant Antoine-Olivier Pilon et la magnifique Suzanne Clément, fidèle du cinéma de Dolan, mériteraient un prix d’interprétation collectif. Sauf qu’on vise encore plus haut pour le prodige de Montréal.

Grâce à son parti pris de réalisation, l’utilisation du format carré, comme traduction de l’étouffement psychologique de Steve ; par son utilisation de la musique pop (Céline Dion, Counting Crows, Oasis, Lana Del Rey) qui génère de fabuleux instants suspendus ; par son irrépressible énergie, son humour ravageur et le poignant message d’amour qu’il délivre, Mommy se place trois, quatre, dix crans au-dessus des autres films de la compétition cannoise.

Le plus jeune Palmé depuis Louis Malle ?

Le tonnerre d’applaudissements qui a suivi la fin de la projection presse n’est peut-être pas parvenu jusqu’à Jane Campion et les jurés de ce 67e Festival de Cannes. Mais quelque chose nous dit qu’il pourrait résonner une nouvelle fois ce soir, lors de la présentation officielle en présence de Xavier Dolan. Lequel pourrait, en cas de victoire, devenir le plus jeune lauréat de la Palme d’Or depuis Louis Malle, en 1956, avec Le Monde du Silence aux côtés de Jacques-Yves Cousteau. A l’heure où les grands auteurs sont en voie de disparition, consacrer ce garçon formidable aurait de la gueule. Franchement de la gueule.