Elles s’appellent Noha, Randa, Soukaina et Hlima. A l'image de beaucoup de femmes désoeuvrées, elles glissent comme des néons noirs dans les nuits interlopes de Marrakech. Ombres errantes ou lucioles papillonnantes, ces quatre amies partent d’un endroit à l’autre pour offrir leurs corps à qui mieux mieux. Parmi leur clientèle : de jeunes saoudiens arrogants persuadés que l’argent achète tout, des touristes européens, des hommes d’affaires se croyant en territoire conquis sous prétexte qu’ils ont le bras long, des badauds, des jeunes, des flics, des vieux…

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Après avoir ausculté les mécanismes de la radicalisation avec Les chevaux de Dieu, Nabil Ayouch s’attaque dans Much Loved à l’un des sujets les plus tabous de la société orientale : la prostitution. Une fois n’est pas coutume, il trouve la distance parfaite pour épaissir son propos et se débarrasse de manière intelligente de toute leçon clé-en-main. Si les femmes sont évidemment les premières victimes dudit long métrage, le cinéaste ne pointe jamais son doigt incriminateur dans une seule direction. Il évite ainsi de se positionner en juge autocratique qui lancerait, au gré des répliques (et des cadrages), des consignes péremptoires. 

Une critique sans complaisance

Avec une subtilité honorable, il assomme les pièges du simple pamphlet et tord le cou à toute saillie moralisatrice. Son but ? Crier haro sur une société gangrenée au coeur même de ses fondations par une hypocrisie socio-religieuse rampante. Et appuyer avec fureur sur le bouton des paradoxes. En substance, il s’étonne de voir des femmes palpées, fessées, manipulées comme de vulgaires poupées de chair par ceux-là même qui les condamnent à tour de bras pour tout ou rien. Sans complaisance ni vulgarité, sa plongée dans ce quotidien ténébreux est totale, quasi documentaire. Impossible de rester impavide devant sa mise en scène percutante qui, tout en témoignant de l’avilissement de la femme, la célèbre aussi. A l’image d’un dernier plan où, tel un jusqu’au-boutiste zélé, l’espoir devient la personnification du mari providentiel. 

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