Près de 25% des blogueurs européens sont français, révélait une étude du cabinet Forrester fin 2006. L'année dernière, ils étaient près de 4 millions d'internautes français à créer leur propre blog. Cette grande tendance du moment sur la Toile touche tous les domaines : people, politique, voyages, loisirs, journal intime. Les passionnés de littér! ature figurent également en bonne position sur le Web. A l'instar des journalistes et chroniqueurs littéraires, un grand nombre de "blogueurs" littéraires commentent les ouvrages, critiquent les opus, créant ainsi parfois des "buzz" sur la Toile.
Mission accomplie pour Reza
"Son livre L'aube, le soir ou la nuit n'est pas dénué d'intérêt même s'il n'y a aucun scoop ni révélations fracassantes. Elle a voulu peindre le portrait littéraire d'un "homme de convictions" mais "bourré de paradoxes". C'est réussi." note Rastignac dans le blog le plus intrigant et intéressant du moment Je résiste à tout (Jeresisteatout.over-blog.fr). Dans ce journal en ligne, trois acolytes, Rastignac, Dorian Gray et Ripley, trois journalistes qui ne souhaitent pas dévoiler leur identité, racontent leur métier et leur rapport avec le monde de l'édition, non sans ironie et humour.
De son côté, son collègue Dorian Gray écrit : "Ce n'est pas un roman ; c'est une sorte de patchwork confus d'auto-fiction mâtinée de carnets de campagne ou de dialogues cisélés (là, on sent le style de la dramaturge). Yasmina Reza n'a pas su ni garder sa distance avec Sarko, ni le rendre attachant ou intéressant. Du coup, elle hésite en permanence, et nous, largués, paumés, on ne ressent rien, on ne frémit pas, et on lit ça comme on lirait Pourri-Moche chez notre toubib."
Le mystère Yasmina Reza à peine levé après la sortie du livre sur Nicolas Sarkozy, L'aube le soir ou la nuit, d'autres questions apparaissent dans les blogs littéraires, notamment l'identité de ce "G", dédicataire du livre. Pierre Assouline sur son blog Passouline.blog.lemonde.fr consacre un billet à ce mystère et revient notamment sur les articles du Sunday Times qui affirme que G n'est tout autre que Dominique Strauss-Kahn. Pour lui, le livre "se lit le sourire aux lèvres, en trois heures tant c'est nerveux, rapide,! enlevé. Comme prévu, on n'y trouve pas de révélations. (...) Le portrait qui en ressort est au fond assez accablant pour le héros : croqué comme un personnage romanesque, il surgit au fond de ces pages comme un plouc assez hystérique, ce qui n'était peut-être pas le but recherché".
Du Nothomb à toutes les sauces
Comme à toute rentrée de septembre, Amélie Nothomb présente son dernier opus. "Un bon cru", selon Dorian Gray de Je resisteatout. De son côté, la romancière Tatiana de Rosnay écrit dans son blog, Fig Tree : "On se demande toujours, avec un zeste de lassitude, la fin de l'été venue, si le nouveau Nothomb va être bon. Cette année, non seulement il est bon, mais c'est peut être le plus beau de tous ses romans. Parce qu'elle renoue avec la veine de Stupeurs et Tremblements, la plus personnelle, la plus juste. Parce qu'elle dévoile un amour de jeunesse avec un jeune tokyoïte surprenant. Parce qu'en ! la lisant, on rit, on pleure, on est étonné, et on n'a qu'une envie, p rendre un avion et aller découvrir le Japon. "
Bégaudeau déçoit
François Bégaudeau fait aussi parler de lui sur la Toile. Son dernier roman, Fin de l'histoire (Verticales), inspiré de la conférence de presse de Florence Aubenas à sa libération, intrigue et souvent déçoit. Pierre Assouline critique l'ouvrage sans détour : "Une bonne partie du récit est constituée de ses déclarations en italiques, non "réécrites" donc illisibles; l'autre ressemble à une laborieuse explication de texte. De leur enchevêtrement naît un ennui profond pour le lecteur qui reste extérieur à cette expérience lourdement délirante dont on ne voit pas trop où elle devrait mener. L'incipit ("Elle. Est. Arrivée. En. Avance. Elle est arrivée en avance, dérogeant au protocole...") est d'un manièrisme si dépassé qu'il fait craindre le pire pour la suite. Tout n'est pas, fort heureusement, de cette encre mais ça part tout de même ! dans tous les sens."
Polémique moribonde
Après Les Bienveillantes de Littell l'année dernière, deux sujets polémiques ont déjà investi la rentrée littéraire : l'affaire Pingeot et le duel cinglant Laurens versus Darrieussecq, autour du roman de cette dernière Tom est mort. Les deux sujets ont déjà fait coulé beaucoup d'encre et inspirent également les blogueurs.
Pour Thomas Clément (http://clement.blogs.com), écrivain et directeur associé chez Publicis Net, la polémique autour du Cimetière des Poupées de Mazarine Pingeot, qui s'inspire fortement de l'affaire Coujault, ne peut que servir les ventes du livre et réjouir l'éditeur. Un avis que partage Dorian Gray : "Le résultat est un livre honnête qui tient la route, qui explore la folie d'une femme, qui tente de sonder l'inexplicable et qui fait froid dans le dos (sans jeu de mots douteux, merci !). On va dire que c'est un sacré coup de! pub pour Mazarine".
Laurens vs Darrieussecq
Le livre de Marie Darrieussecq a séduit les blogueurs qui se sont ensuite empressés de relayer les accusations de Camille Laurens. Dans un texte intitulé "Marie Darrieussecq ou le syndrome du coucou" qui paraîtra le 3 septembre prochain dans le magazine La revue littéraire, Camille Laurens, auteure de Philippe, un ouvrage autobiographique sur la mort de son fils, accuse Marie Darrieussecq d"usurpation d'identité", de "plagiat psychique" et de "piratage" à propos de son nouveau roman Tom est mort, qui sort le 30 août.
Dans cet ouvrage, Marie Darrieussecq imagine une femme qui, pour empêcher l'oubli et le contrer, décide d'écrire l'histoire de Tom, son enfant de quatre ans, décédé prématurément. Avec ce roman au thème insoutenable, l'auteure met des mots sur la douleur d'une mère, sur la souffrance et le souvenir tragique.
"Si être une fois accusée de plagiat est emba! rrassant, l'être à nouveau quelques années plus tard est suspect. Encore que le terme "plagiat" soit impropre. Il l'est de toute façon en règle générale puisqu'il ne signifie rien pour les tribunaux où ces histoires aboutissent souvent : même sur le plan littéraire, les juges ne connaissent que "la contrefaçon partielle ou totale". Qu'importe, on aura compris de quoi il s'agit." commente Pierre Assouline.
Les nouveaux romans
Les blogs littéraires se sont aussi intéressés aux nouveaux romans d'un genre nouveau. Après Scream test de Grégoire Hervier, deux ouvrages se font remarquer dans la blogosphère : 10 000 litres d'horreur pure de Thomas Gunzig et Tourville d'Alex D. Jestaire. Pour Culture Café (www.culture-cafe.net/livres/), l'essai n'est pourtant pas concluant : "Créer en France une littérature "de genre" moderne et de qualité semble être devenu l'un des objecti! fs souterrains de certains jeunes écrivains. Ils sont cependant trop i négaux dans leur qualité respective pour y voir déjà les premières pierres d'un réel mouvement."
Tout l'été, le journaliste Mandor dans son blog Les Chroniques de Mandor (http://unpieddansleshowbiz.hautetfort.com/), a commenté le livre Tourville d'Alex D. Jestaire, laissant même la possibilité à son auteur de se justifier et d'expliquer sa démarche. Il précise les indications de la quatrième de couverture qui résume le livre à "une ambition hors du commun, un télescopage foutraque de Céline et K. Dick passé à la moulinette des Enfants de la Télé, remix vitaliste et joyeux de la Star 'Ac et des Cent vingt journées de Sodome, le gonzo reportage de la fin du monde." Un nouveau genre est né.














