« Cette photo-là, je la veux ! », sourit Axel Duroux. Un photographe est en train de shooter Jean-Paul Baudecroux répondant à un micro siglé RTL tendu vers lui. Entre le premier, président du directoire de RTL, et le second, président du Conseil de surveillance et fondateur de NRJ, la rivalité est d'habitude intense et la concurrence féroce. Ils ne se sont jamais ménagés, mais mardi, dans le sous-sol d’un restaurant branché à proximité de la Maison de la radio, c’est l’entente cordiale entre eux. Quelques minutes avant, Duroux était même assis entre Baudecroux et un troisième rival historique, Pierre Bellanger, le patron de Skyrock.

Du groupe RTL (RTL, RTL2, Fun) au groupe NRJ (NRJ, Chérie, Nostalgie, Rires & chansons), en passant par Skyrock (Skyrock, Chantefrance) ou Lagardère Active (Europe 1, Europe2, RFM) et le Sirti (Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes), les principales radios ont participé à une conférence de presse convoquée dans l’urgence. Elles ont réaffirmé leur opposition à l’augmentation de la rémunération qu’elles versent aux artistes et aux producteurs de musique.

Selon les radios musicales, « le [nouveau] barème retenu entraînera une augmentation moyenne de la collecte de la SPRE (Société civile pour la perceptin et la rémunération équitable) de 38%, toutes radios de toutes catégories confondues, à laquelle s’ajoutera également tout développement du chiffre d’affaires des radios dans les prochaines années. » Soit, pour certaines, une augmentation pouvant aller « jusqu’à 60% » de leur redevance à la SPRE.

Elles ont donc écrit à la ministre de la Culture, Christine Albanel. Dans cette lettre, le SRGP (Syndicats des radios généralistes privées), le SRN (Syndicats des réseaux nationaux) et le SIRTI (Syndicats des radios et télévisions indépendantes) saisissent la ministre d’un "recours hiérarchique" contre la décision et demandent une nouvelle réunion de la commission paritaire.

La mesure, soulignent les patrons de radio, pèsera sur leurs comptes, même s’ils restent très discrets dès qu’on leur demande des chiffres (« 1,7 millions d’euros supplémentaires sur un an » pour RTL, lâche cependant Axel Duroux). Mais l’union sacrée a ses limites : personne ne veut trop ouvrir ses comptes à ses amis d’un jour mais rivaux de toujours. Tous préfèrent souligner que la mesure aurait pour conséquence de diminuer le volume de musique qu’elles diffusent et surtout insister sur les répercussions qu’elle aurait sur l’aide qu’elles apportent à l’émergence de nouveaux talents et de nouvelles musiques. Un rôle notamment rappelé avec insistance par Pierre Bellanger : « Les radios portent le risque, la diversité et la découverte, clame le patron de Skyrock. Vouloir les taxer est donc ahurissant et sucidaire.

La riposte prévue ? D’abord, « ne pas payer », affirment-ils avec détermination. Ensuite, utiliser tous les recours juridiques possibles, sans compter les interventions auprès des politiques et autres. Et si rien ne change, les patrons de radio se disent prêts à réduire drastiquement leur programmation musicale. « C’est simple, menace Axel Duroux, je serai par exemple obligé de supprimer l’émission de Georges Lang, qui fait toute la nuit en musique sur RTL. » A la place, précise-t-il, il « rediffusera les Grosses têtes ». La ministre est prévenue...