Le 8/08/08 à 8 heures débuteront les Jeux Olympiques de Pékin, devant quatre milliards de téléspectateurs. Durant ces olympiades, et malgré les nombreux appels au boycott, la capitale chinoise va accueillir 20 000 athlètes et 2 millions de visiteurs. Roger Faligot, journaliste et écrivain, a enquêté pendant trois ans sur les services secrets chinois et, notamment, sur le dispositif mis en place à l’approche des JO.   
 
Quels moyens le gouvernement chinois mobilise-t-il pour sécuriser les JO ?

Il déploie beaucoup d’efforts pour convaincre le monde extérieur que ces  JO vont être les plus formidables mais aussi convaincre la population chinoise qu’il faut participer le plus possible à l’événement. En effet, le gouvernement redoute une déstabilisation venue de l’intérieur, comme des jacqueries paysannes ou des manifestations étudiantes. Un organe spécifique du parti communiste est chargé d’exalter le nationalisme, et de fédérer la population autour de l’événement. C’est pourquoi, rien qu’en Chine, la flamme olympique va effectuer le plus long trajet de l’histoire des JO. Mais comme la confiance envers le peuple est relative, les gens qui vont porter la flamme seront des membres du parti, des soldats de l’armée populaire de libération en civil, ou des policiers. Il est évidemment hors de question qu’il y ait la moindre  manifestation avec banderoles au passage de la flamme. D’où les 30 secondes de différé dans la diffusion des programmes télévisés.   

La crainte vient donc de l’intérieur, davantage que de mouvements terroristes type Al-Qaida ?

La piste Al Qaida est presque écartée. Depuis l’été 2007, Chen Xiaojong, le chef d’état-major adjoint de l’APL, négocie avec l’organisation terroriste pour éviter des attaques contre les JO. Mais ça, les Chinois ne le disent pas. Ils font même appel aux services étrangers pour la sécurisation des JO. Des agents du Raid français forment les policiers chinois à gérer des prises d’otage. La semaine dernière, le patron du FBI était à Pékin pour aider à la sécurisation des JO. Mouiller les services étrangers permettra au gouvernement chinois de se dédouaner en cas de souci mais aussi de se faire épauler par les pays qui auront coopéré, pour que tout ne repose pas uniquement sur la sécurité chinoise. De plus, le dispositif va servir à contrôler les Ouigurs (minorité musulmane chinoise), dont le gouvernement se méfie.  

Comment les journalistes vont-ils pouvoir travailler ?

Le gouvernement leur a promis plus de souplesse et plus de liberté, de même qu’un plus grand respect des droits fondamentaux des dissidents. Mais l’arrestation récente de Hu Jia, militant des droits de l’homme, montre que ce n’est pas le cas. La création du bureau 610, qui fiche des anti-JO, est de mauvais augure. Les journalistes sportifs eux aussi sont fichés. Ils n’obtiennent leur visa qu’à la condition d’être invités par les autorités, ils doivent remplir un questionnaire poussé avant d’entrer sur le territoire, fournir la liste des personnes qu’ils veulent interviewer comme la liste de leurs questions à l’avance. A leur arrivée à l’aéroport de Pékin, on leur donne une carte Sim pour qu’ils puissent utiliser leurs téléphones portables. Un moyen facile d’écouter leurs conversations. Pendant les JO, ils seront logés dans des hôtels bourrés de micros.

Pensez-vous que les services secrets chinois sont voués à devenir les meilleurs au monde ?

Il existe en Chine une tradition du renseignement et de l’espionnage très ancienne. Les services de renseignement sont un pilier du pouvoir, comme l’armée, comme le parti. Il y a interpénétration. Les services secrets chinois tels qu’on les connaît aujourd’hui ont été fondés par les soviétiques dans les années 30. Ils procèdent de diverses façons pour obtenir des renseignements économiques et stratégiques.  Par exemple, de manière quasi-automatique, les associations sino-turques, sino-italiennes… sont une façon de cultiver l’amitié entre les peuples mais elles ont aussi très concrètement une fonction de renseignement. De plus, les Chinois ont parfaitement adopté les techniques de renseignements, de veille économique, de business intelligence du monde capitaliste. Sur le plan culturel, le développement des instituts Confucius, pour promouvoir la culture chinoise à l’étranger, et les accords passés avec des universités et des pôles d’excellence technologique (comme dans la Silicon valley, aux Etats-Unis, ou à Poitiers) permettent d’acquérir des infos. On ne peut pas à proprement parler d’espionnage mais d’une bonne compréhension du système capitaliste. C’est une bonne pompe aspirante qui fait partie du monde du renseignement chinois.

Votre livre est truffé de scoops sur les services secrets chinois. Etes-vous persona non grata en Chine ?

Non je ne pense pas. J’espère même que sortira une édition chinoise de mon livre.