Monsieur le Président de la République

L’onction populaire du scrutin du 17 juin, 2007, vous a donné   toute légitimité pour conduire les affaires de la France et pour parler au nom de tous les Français dans toutes les enceintes du monde.

Pourtant, vous le savez, par le génie de notre spécificité bien française et de notre laïcité assumée, votre pouvoir s’arrête à la porte de notre conscience.

Nous sommes d’accord avec vous sur un point : les croyances de chacun ne doivent pas être regardées avec peur et méfiance. Nous travaillons, au sein de Paroles de femmes, sur une meilleure connaissance du fait religieux afin d’améliorer la compréhension entre laïcs et religieux et prévenir les tensions quotidiennes qui mettent en danger nos Institutions. Nous travaillons également sur la prévention de cette « radicalité » qui conduit à l’intégrisme. Mais si la morale religieuse est selon vous « complémentaire », vous auriez du rappeler que dans les trois religions monothéistes, le droit des femmes n’est toujours pas égalitaire : refus de mixité, lois de la pudeur, voile, divorce inégalitaire dans le Judaïsme, répudiation en Islam, interdiction de l’avortement dans le Catholicisme...Comment la laïcité qui donne la possibilité aux femmes d’être des citoyennes à part entière pourrait s’accommoder des lois religieuses actuelles qui placent les femmes à un autre niveau !

Nous souhaitions également aborder un autre point concernant le devoir de mémoire.

Redonner une mémoire posthume aux enfants de la Shoah , est une idée généreuse et   louable.

Cette symbolique se pratique déjà dans certaines synagogues où l’enfant qui fait sa communion porte le nom d’un enfant, mort en déportation. Mais ceci se fait dans la communauté juive avec la préparation pédagogique nécessaire, une histoire que ses parents lui ont transmise tout au long de son éducation.

Le devoir de mémoire est une cause trop importante pour être abordée avec précipitation. Cette mesure maladroite n’aura pour effet que de ressusciter la concurrence mémorielle des esclaves, des colonisés et des génocidés qui forment la diversité française et provoquer la résurgence de l’antisémitisme. Nous vous sollicitons afin de vous faire part de nos initiatives et mener une réflexion commune.

La Shoah , ce trou noir de notre humanité, appartient à la mémoire collective et nos enfants doivent la connaître. Ce devoir de transmission doit être fait avec réflexion non dans l’émotion. Il ne faut jamais cesser de transmettre cette Mémoire dans les programmes scolaires, dans des visites plus nombreuses à Auschwitz et à Tréblinka où juifs, chrétiens et musulmans, nous nous sommes recueillis pour pleurer ensemble, la folie des hommes.

C’est en tant que femmes de la diversité, mères, croyantes et sémites, présidentes d’associations féministes et représentantes françaises à Bruxelles du dialogue judéo-musulman que nous vous demandons de reconsidérer vos dernières déclarations.

Présidente-Fondatrice de Paroles de Femmes
Représentante du dialogue judéo-musulman à Bruxelles.

Présidente-Fondatrice des Marianne de la diversité,
Représentante du dialogue judéo-musulman à Bruxelles.