Le 18 novembre dernier, à l'occasion de la rencontre des ministres européens des Finances lors du sommet du G7, la question du manque de contrôle des monnaies électroniques, et notamment le cas du célèbre Bitcoin, a été longuement évoquée.

Cette monnaie électronique, utilisée principalement par les mordus d'Internet, est notamment suspectée de servir au blanchiment d'argent, et à l'achat d'armes sur le "Dark Net", un internet caché qu'affectionneraient particulièrement les malfaiteurs et les criminels.

Un compte bitcoin appartenant à Daech ?

À l'origine de l'affaire, une rumeur émanant du groupe Anonymous. Le groupe de hackeurs masqués affirmait avoir identifié des adresses bitcoin vers un compte contenant près de 3 millions de dollars, supposé appartenir à Daech, rapportait récemment le site Motherboard.

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Tous les mois, des millions de transactions virtuelles via des monnaies électroniques (dont certaines anonymes) sont effectuées par des internautes du monde entier. Pour Bruno Delpeuc'h, spécialiste en cryptographie et monnaie électronique, le Bitcoin suscite de nombreux fantasmes, et souvent à tord. 

"Toutes les transactions sont traçables"

"Contrairement à ce qu'on peut entendre, toutes les transactions sont traçables. On peut d'ailleurs les consulter sur divers sites, notamment sur Blockchain.info. S'il y a des preuves que Daech a utilisé une adresse bitcoin, même de manière anonyme, on aurait retrouver la trace des transactions.

Tout semble aujourd'hui indiquer qu'une partie des armes ayant servi aux attentats à Paris ont été achetées en Belgique. "Et non pas sur le Dark Net, comme on a pu l'entendre, reprend cet expert, consultant pour Digital Cash Alliance, une société spécialisée dans les monnaies électroniques.

Difficile d'échapper aux radars d'Internet

"Nous avons mené des recherches, et il s'est avéré que ce compte bitcoin n'avait rien à voir avec Daech", poursuit Bruno Delpeuc'h, cofondateur d'ElanVPN.net. Si une personne en Europe veut acheter des armes et ne veut pas qu'on lui pose trop de questions, il lui sera plus aisé de se procurer du cash et de rencontrer le vendeur dans un appartement, à l'abris des regards." 

Aujourd'hui pour échapper totalement aux radars sur le Net, il faut de sacrés compétences, et pas uniquement techniques, explique le spécialiste : "Il faut avoir des connaissances, un réseau avec des personnes haut-placées. Et je doute fortement que ce soit le cas de Daech. De plus, il est plus commode pour eux de revendre leurs barils de pétrole contre des euros".

Utiliser des bitcoins serait un blasphème 

Comme par exemple à la Turquie, qui est soupçonnée aujourd'hui d'être l'un des principaux clients du pétrole de Daech ? Revenons-en aux faits. Tout indique aujourd'hui que les terroristes se sont procurés leurs armes en Belgique. Imaginons : Daech écoulerait son pétrole contre des bitcoins... et utiliserait ensuite cette monnaie électronique pour acheter des armes à des vendeurs belges ?

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"Tout ça n'a aucun sens, reprend Bruno Delpeuc'h. Les vrais extrémistes islamistes, ceux qui coupent les mains et les têtes, et font porter la burqa aux femmes, utilisent uniquement l'argent spécifiée dans le Coran (le dinar d'or ou le dinar d'argent), puisqu'elle est la seule à respecter le poids et la pureté spécifiés dans les textes coraniques.Utiliser de l'argent électronique serait un blasphème pour eux."

Derrière le débat sur le Bitcoin, la cryptographie visée

C'est d'ailleurs la raison doute pour laquelle Daech souhaite aujourd'hui frapper sa propre monnaie. "A l'heure actuelle, il n'y a aucune preuve à grande échelle d'achats d'armes à feu avec des bitcoins, et encore moins des traces de transactions dans la Blockchain, assure notre expert. Alors pourquoi blâmer cette monnaie électronique ?"

A travers la vendetta contre le Bitcoin, d'après Bruno Delpeuc'h, c'est la question du chiffrement des données qui serait visée : ce qu'on appelle la cryptographie. "Depuis le début des années 90, le trafic Internet est en clair, et les États et les grandes organisations en avaient le contrôle. Mais le réseau est de plus en plus chiffré par défaut, et forcément ça ne fait pas l'unanimité.

Les téléphones des terroristes n'étaient pas cryptés

C'est la tactique classique du bouc-émissaire, poursuit Bruno Delpeuc'h. "Après les attentats de Paris, le directeur de la CIA, John Brennan, a affirmé que Daech avait utilisé des techniques de chiffrement pour planifier les attentats de Paris. Mais ces informations se sont révélées totalement fausses". Par ailleurs, les enquêteurs ont indiqué dernièrement que les téléphones des malfaiteurs n'étaient pas cryptés.

Depuis les attentats de Paris, de plus en plus de messages postés en arabe sur Facebook et Twitter appellent les internautes à utiliser le Bitcoin pour financer Daech. "Reste à savoir s'il s'agit vraiment de messages provenant de terroristes de l'État islamique, pour leurrer les sympathisants, ou bien encore pour attaquer le Bitcoin en lui-même".

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