"Internet est vraiment à un tournant important en ce moment." C'est ainsi que Mark Zuckerberg, le patron et co-fondateur du réseau social Facebook, a justifié l'évolution récente du site permettant à ses utilisateurs de signaler les pages internet qu'ils ont visitées et de faire savoir ce qu'ils en pensent. Ce qui lui a valu d'être accusé depuis plusieurs semaines de vouloir vendre la vie privée de ses membres pour une poignée de dollars.

"Trésor d'informations"
Six ans que Facebook existe et ne cesse de grandir. Il compte à ce jour quelque 400 millions d'utilisateurs, et figure parmi les entreprises les plus rentables de la planète. M. Zuckerberg, qui ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, a décidé de faire évoluer son site, en le rendant accessoirement plus riche. "Nous progressons vers un internet où le réglage par défaut sera 'social'", avait-il expliqué en marge de la présentation du nouveau système, qui permettra de faire connaître ses activités et ses goûts à un réseau de connaissances choisies.

Sauf que Kurt Opsahl, juriste d'Electronic Frontier Foundation, une organisation de défense des droits des internautes, fait partie de ceux qui ne sont pas de cet avis : "On dirait que Zuckerberg et son équipe veulent aller voir des sites et leur dire 'nous avons tout un trésor d'informations sur nos utilisateurs, qu'est-ce que vous avez en échange ?'" "On passe d'une situation où on avait un assez bon contrôle, à une autre où Facebook rend publiques des catégories entières d'informations, dans une logique d'affaires", enfonce-t-il.

"Améliorée et rénovée"
Des accusations qui rappellent le tollé provoqué par la proposition de Mark Zuckerberg de rendre publics tous les achats en ligne de ses membres… Ce que confirme d'ailleurs Ginger McCall, juriste pour l'association Electronic Privacy Information Center, pour qui le nouveau dispositif d'affichage des pages visitées n'est rien d 'autre qu'une version "améliorée et rénovée" de cette première tentative, qui s'inscrit dans la même ligne de rentabilisation du répertoire des millions d'utilisateurs de Facebook.

Mais les dirigeants de la firme californienne s'en défendent, assurant même que cela ne leur rapportera pas d'argent. "C'est tout à fait conçu sur l'idée 'voilà ce que vos amis ont aimé, peut-être que ça vous plairait aussi'", argumente M. Zuckerberg. En oubliant toutefois de préciser que cette évolution rendra forcément le site bien plus attractif auprès des annonceurs et lui permettra de renforcer sa position de centre névralgique sur la Toile.

"Mafia"
Quand l'expérience avait été lancée en avril dernier, Facebook comptait 75 sites partenaires. Aujourd'hui, ils sont plus de 50 000… M. Opsahl et Mme McCall soulignent d'ailleurs l'opacité des finances du réseau social, qui empêche de chiffrer clairement les retombées de tels partenariats. Les inquiétudes tournent en fait surtout autour des "profils Facebook publics" qui deviendraient accessibles à tout un chacun, selon le principe des "pages communautaires" listant par exemple les fans de tel ou tel groupe.

Mark Zuckerberg assure pourtant que "tout cela n'a pas d'impact sur le respect de la vie privée", précisant par ailleurs qu'aucune donnée n'est transmise sans l'accord des utilisateurs, qui doivent cocher une case pour décider s'ils veulent faire savoir ou non quelles pages ils visitent. Rob Enderle, un analyste indépendant, tient, lui aussi, à relativiser les risques d'un tel dispositif : "Pour autant qu'on sache, Facebook ne vend pas votre nom à la mafia. Je crois que c'est une tempête dans un verre d'eau. Après tout, rien ne vous oblige à utiliser ce site."