“Ce n'est pas pire qu'avant, ce n'est certainement pas mieux non plus. La délinquance, ici, on fait avec“. Fataliste, Ahmed jette un regard inquiet sur l'évolution de “sa“ ville, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), où il a élu domicile voilà plus de trente ans. A 56 ans, ce commerçant de l'avenue Michelet explique ne plus trop croire aux solutions proposées par l'Etat. “On a annoncé des policiers supplémentaires, des surveillances renforcées, des patrouilles de nuit. Mais tout ça n'est rien face aux incivilités quotidiennes et au climat tendu que l'on ressent.“

Symbole des communes gangrenées par la délinquance, Saint-Ouen a accueilli le 11 septembre dernier Manuel Valls, venu installer la première zone de sécurité prioritaire (ZSP). Présenté comme une réponse au trafic de stupéfiants qui gangrène cette commune de 45 000 habitants, ce dispositif entend faire reculer la délinquance au moyen de renforts policiers. L'an passé déjà, l'instauration d'une brigade spécialisée de terrain (BST) avait conduit à une baisse de 5,6% des atteintes à l'intégrité physique, ainsi qu'une diminution de 4,5 % des vols avec violence, par rapport à l'année précédente.

La drogue, fléau numéro un

D'après Sylvie*, le climat pesant est directement lié au trafic de drogue. “Tout le monde sait que Saint-Ouen est le supermarché du shit de Paris“, déplore cette enseignante d'un lycée de la ville. “Les autorités n'ont pas dix mille possibilités : soit on décide de mettre un coup de pied dans la fourmilière, soit on essaye de préserver la ville et les habitants des dommages collatéraux liés à des trafics que l'on avoue – à mots couverts – être incapable de régler. Je pense que l'on à choisi la seconde solution. Résultat, ce sont les habitants qui trinquent“.

Un constat qui se traduit chiffre à l'appui : en 2011, la commune de Seine Saint Denis présentait le plus fort taux de criminalité des villes de moins de 50 000 habitants, avec 153 actes recensés pour 1000 habitants. “Je n'ai pas la sensation que la délinquance ait particulièrement augmenté“, explique Anissa. “C'est toujours un peu chaud ici, mais c'est ma ville et je l'aime“, ajoute cette étudiante de 24 ans. “Pourtant, une fois mes études finies, je partirai. Je ne crache pas sur ma ville, mais j'ai envie que mes enfants connaissent autre chose que ce que j'ai connu“.

* le prénom a été modifié