C'est désormais officiel. Après la PMA et le droit de vote des étrangers, quatre petites lettres vont à leur tour rejoindre le cimetière de la majorité. Les "ABCD de l'égalité", une mesure pour lutter contre les stéréotypes garçons-filles à l'école, ne seront pas généralisés à la rentrée prochaine. La ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, a confirmé dimanche sur France 3 l'arrêt du programme sous sa forme actuelle. Mais elle a promis qu'ils seraient remplacés par un dispositif "ambitieux" qui concernera, lui, l'ensemble des élèves.

Après avoir expérimenté l'ABCD de l'égalité depuis 2013 dans 600 classes, le gouvernement a décidé de "passer à autre chose", avait déjà expliqué l'entourage du ministre de l'Education Benoît Hamon à Europe 1, confirmant une information de L'Express. Dans la lettre de cadrage envoyée par le ministre aux professeurs le 20 mai dernier pour préparer la prochaine année scolaire, le projet n'y figurait effectivement pas.

"Nouveaux outils pédagogiques"

Un enterrement ? Le cabinet de la rue de Grenelle, comme celui de Najat-Vallaud Belkacem (la ministre des Femmes avait initialement porté le projet), le réfutent en chœur : "Il n'y a pas de recul", "c'est une idée fantasmatique". "Au contraire, Benoît Hamon souhaite généraliser la formation des enseignants sur ces questions, il travaille notamment sur de nouveaux outils pédagogiques et sur une entrée des questions d'égalité et de stéréotypes dans les programmes", rétorquait à metronews l'entourage de Najat Vallaud-Belkacem. Le ministre de l'Education développera ses nouvelles pistes lundi, après avoir étudié le rapport d'évaluation remis vendredi par le doyen de l'Inspection générale.

Impossible pourtant de nier qu'avec ces plaquettes destinées aux enseignants et aux élèves pour leur donner des moyens d'agir contre les clichés de genre, le gouvernement s'était attiré les foudres de la droite et d'une frange conservatrice de la société. Après avoir lutté contre l'ouverture du mariage aux homosexuels, les opposants de la Manif pour tous en avaient fait un nouveau cheval de bataille. D'autres avaient même organisé des Journées de retrait de l'école (JRE) pour des raisons absurdes, fondées sur des rumeurs, comme par exemple que les ABCD serviraient à "apprendre la masturbation à des enfants de quatre ans". Aujourd'hui, le ministère de l'Education reconnaît "un souci d'apaisement" avec ces mouvements. Tout en jurant : "Les décisions du gouvernement ne sont pas dictées par les rumeurs ou les opposants".

Quand la droite se contredit

Si in fine le gouvernement reculait non seulement sur la forme mais aussi sur le fond, les partisans de la lutte contre les stéréotypes de genre pourraient déplorer un beau gâchis. "Ce sera une nouvelle reculade regrettable", déplore déjà le député EELV Sergio Coronado pour metronews. Un gâchis d'autant plus grand qu'il y a encore peu de temps, le combat contre les stéréotypes à l'école était porté par toute la classe politique. L'argumentaire de présentation des ABCD de l'égalité a d'ailleurs été pensé... par la droite. En 2011, lors d'une convention UMP sur l'égalité hommes-femmes, l'ex-patron de l'UMP Jean-François Copé a ainsi présenté les idées de son parti : "Le premier objectif de la promotion de l’égalité des sexes et du respect hommes/femmes dès la maternelle est d’amener les enfants à se sentir autorisés à adopter des conduites non stéréotypées", expliquait à l'époque un document estampillé UMP. "Il faut aider les filles et les garçons à percevoir positivement leur genre et celui du sexe opposé", ajoutait-il.

Alors, comment en est-on arrivé là ? C'est que la droite, soucieuse de se placer dans le sillage d'une frange conservatrice de la société civile de plus en plus bruyante, n'a pas hésité à se contredire radicalement. Le 14 février dernier, Nadine Morano reprochait ainsi au gouvernement de vouloir lutter contre les stéréotypes... trop tôt : "En primaire et en maternelle, non !" Mais en 2008, quand elle était ministre de la Famille, la même déclarait : "La déconstruction des stéréotypes passe par quelque chose qui commence très tôt". Soit exactement la même démarche que celle des ABCD de l'égalité.