C'est une décision judiciaire rarissime, la neuvième depuis 1945. La Cour de révision a cassé ce mercredi les condamnations d'Abderrahim el-Jabri et Abdelkader Azzimani. En 2003, les deux hommes, aujourd'hui âgés de 46 et 47 ans, avaient écopé de vingt ans de réclusion pour le meurtre six ans plus tôt d'Abdelaziz Jhilal. Ce petit dealer de cannabis de 22 ans avait été lardé de 108 coups de couteau à Lunel (Hérault).

"C'est un combat enfin gagné, on s'est battu comme des lions", a déclaré Abderrahim el-Jabri, en liberté conditionnelle depuis 2011. L'homme qui se décrit "sans haine", malgré toutes ces années pour rien derrière les barreaux, a dédié ce succès à son père, mort durant sa détention. "C'est l'humanité de ces deux hommes, leur abnégation, leur ténacité, leur correction, qui nous a fait tenir, qui nous a fascinés", a commenté l'un de leurs avocats, Me Jean-Marc Darrigade. Depuis le début de l'affaire, ils n'ont cessé de clamer leur innocence. Ils sont pourtant désignés "coupables idéals" : ils ont vu la victime peu avant le crime, mouillent dans un trafic de stupéfiants et sont identifiés par un témoin comme les assassins.

Le long chemin de la réhabilitation

Leur peine sera confirmée en 2004 en appel malgré une requalification du chef d'accusation en "complicité" d'homicide. La justice doute mais ne vacille pas. En 2009 pourtant, elle va rouvrir le dossier après le revirement du témoin à charge. 2011, coup de théâtre : un manutentionnaire et un directeur de centre de loisirs sont arrêtés et mis en examen pour assassinat. Confondus par leur ADN, ils finissent par disculper les condamnés à tort.

Il y a quelques mois, Abdelkader Azzimani a fait un infarctus et souffre, selon ses avocats, de maladies psychosomatiques. Ce mercredi, il est apparu entouré d'une fille qu'il n'a pas vue grandir. Mais l'homme fatigué s'est dit "heureux". Son combat n'est pas tout à fait fini. Un troisième procès devrait avoir lieu après le jugement définitif des nouveaux suspects, en novembre. Tout comme Abderrahim el-Jabri, il attend un acquittement. Depuis 1945, la procédure de révision n'a abouti qu'à huit acquittements. Le dernier remonte à décembre. Marc Machin avait alors été blanchi pour un meurtre qu'il n'avait pas commis.