Après une semaine de crise, Chypre a finalement trouvé, dans la nuit de dimanche à lundi, un accord afin d'éviter la sortie de la zone euro. Mais, en échange d'une aide de 10 milliards d'euros, Nicosie, pressée de faire des sacrifices, devra réduire drastiquement son secteur bancaire.

Les détenteurs d'actions, d'obligations et les dépôts au-dessus de 100 000 euros seront lourdement taxés. Cette mesure pourrait permettre de recueillir 4,2 milliards d'euros. "Les dépôts non-sécurisés de plus de 100 000 euros seront gelés et participeront à la recapitalisation nécessaire" du secteur bancaire, a précisé le ministre allemand, Wolfgang Schäuble. En revanche, les petits dépôts seront intégralement préservés. Ils seront placés dans une "good bank", tandis que les autres iront dans une "bad bank".

Premier versement prévu début mai

Bank of Cyprus, le premier établissement du pays qui compte beaucoup de déposants russes, ne disparaîtra pas. Le président de l'île Nicos Anastasiades a bataillé pour cela, allant jusqu'à mettre sa démission dans la balance. La seconde banque du pays, la Laïki, devra, elle, fermer. Là encore, ses déposants au-dessus de 100 000 euros vont subir des pertes importantes d'"environ 30 %", selon le porte-parole du gouvernement chypriote.

L'idée d'une taxe sur tous les dépôts bancaires, prévue dans le premier plan concocté en fin de semaine dernière, a été définitivement abandonnée. Elle avait suscité un tollé et été rejetée par le Parlement chypriote. En revanche, les autorités de Nicosie doivent signer dans les prochaines semaines avec la troïka (UE, Banque centrale européenne et FMI) un protocole d'accord prévoyant des réformes structurelles, notamment pour lutter contre le blanchiment d'argent, des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés qui passera de 10 à 12,5%. Un audit doit être réalisé très prochainement pour cela.

Les autorités chypriotes qui ont fait voter vendredi une loi sur les résolutions bancaires, n'auront pas besoin de repasser devant le Parlement pour adopter le nouveau plan de sauvetage. Il doit cependant encore être approuvée d'ici mi-avril par plusieurs parlements de pays de la zone euro, dont l'Allemagne. Le premier versement de l'aide devrait avoir lieu début mai.

La colère monte sur l'île

Le président chypriote qui a négocié pied à pied pendant près de 12 heures à Bruxelles s'est finalement dit "satisfait" de l'issue des négociations. "Cet accord est le meilleur que nous pouvions obtenir pour parvenir à une solution solide, soutenable qui restreigne le problème aux deux banques" à problème, a estimé la directrice du FMI, Christine Lagarde, qui va recommander à son conseil d'administration de participer au sauvetage de Chypre, sans préciser à quelle hauteur. Reconnaissant que son application sera "très difficile pour le pays", la Commission européenne "fera tout son possible pour alléger les conséquences sociales" de ce plan, a promis le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn.

Cette nouvelle a soutenu les bourses de Tokyo et de Hong Kong qui ont ouvert en hausse lundi matin. Sur l'île, les banques sont fermées depuis près de dix jours pour éviter la fuite des capitaux, et pourraient ne pas rouvrir mardi comme prévu. La décision sera prise "dès que possible", a indiqué le ministre des Finances Michalis Sarris. En attendant, les clients des deux plus grandes banques doivent composer avec une nouvelle limitation des retraits aux distributeurs à 120 euros par jour à la Bank of Cyprus, et 100 euros à la Laiki, selon l'agence locale CNA.

La colère monte dans le pays, où des manifestations ont été organisées samedi et dimanche. Un engin explosif a légèrement endommagé une succursale de la Bank of Cyprus dimanche soir, près de Limassol (sud), selon des médias locaux.