Ce type de décision est rare, et la demande était inhabituelle. Une avocate nantaise vient d’obtenir que son client, accusé d’avoir tué un cambrioleur, attende son procès… dans un monastère, en Bretagne. Le jugement vient d’être rendu par la cour d’appel de Rennes, et l’histoire est rapportée par Ouest-France.

Philippe Fourny, 60 ans, est en effet accusé d’avoir tué un cambrioleur qu’il avait surpris dans la cour de sa maison, en août 2014, à Joué-sur-Erdre, au nord de Nantes, en Loire-Atlantique. Deux jeunes cambrioleurs avaient en effet surgi chez lui, en voiture, aux alentours de 5 heures du matin, un samedi. Visiblement, ils ne s’attendaient pas à rencontrer âme qui vive, dans ce lieu-dit perdu. Ils avaient arrêté leur voiture près de la grange, qu’ils avaient forcé. Mais le propriétaire des lieux avait été réveillé dans son sommeil par le crissement des pneus sur le gravier, les feux allumés braqués sur la maison.

Enfermé 18 mois dans une cellule d'isolement

Saisi de frayeur, ayant déjà subi une dizaine de cambriolages, comme il l’avait raconté plus tard à la police, l'occupant des lieux avait vu les malfrats embarquer ses outils de jardin, son compresseur ou encore sa débroussailleuse, racontait le quotidien local à l’époque. Il avait alors décidé d’affronter les deux jeunes, et était sorti, s’avançant vers eux avec une carabine à la main. Un coup est parti, touchant un des deux jeunes dans le dos. Philippe Fourny, paniqué, était retourné s’enfermer chez lui, appelant sa famille, terrorisé et sans réaliser que le jeune homme touché gisait mort dans sa cour.

Par la suite, Philippe Fourny avait indiqué regretter profondément son geste. Il avait été mis en examen pour homicide volontaire et écroué. La cour d’assises devra décider s’il avait oui ou non l’intention de tuer, le soir du drame.

"Une autre forme d’enfermement"

En attendant, jeudi dernier, l’avocate de Philippe Fourny a ainsi obtenu qu’il soit libéré, et qu’il attende son procès, qui doit se tenir en 2017, dans un lieu plutôt inhabituel… un monastère. Ce n’est pas pour autant la belle vie, rappelle l’avocate dans Ouest-France. "Il est sous surveillance électronique et doit rester au monastère, en se pliant à son rythme. Il y travaille aux espaces verts. C’est une autre forme d’enfermement", dit-elle.

Devant la cour d’appel, elle a notamment plaidé le fait que la prison était devenue "inhumaine" pour son client, qui était enfermé depuis plus de 18 mois dans une cellule d’isolement à la maison d’arrêt de Nantes – isolement choisi, car l’homme craint les représailles des membres de la communauté du voyage, dont faisait partie la victime. "Je n’ai jamais connu ça sur une telle période. Un homme de la terre, de la campagne, qui n’a pas senti le soleil depuis tout ce temps... ", soupirait l'avocate. "Le placer dans ce monastère, c'est un projet très sérieux et absolument pas la remise en cause de la gravité de l'accusation : la mort d'un homme."

A LIRE AUSSI
>> Albi : la légitime défense pas retenue pour le buraliste qui a tué un cambrioleur : 7 ans de prison

>> Yvelines : le retraité de 81 ans poignarde un cambrioleur présumé