On va peut-être enfin y voir clair dans le feuilleton Jérôme Cahuzac. Le parquet de Paris a annoncé mardi avoir ouvert une enquête préliminaire pour "blanchiment de fraude fiscale" afin de vérifier si le ministre délégué au Budget a ou non détenu un compte en Suisse.

Jusqu'ici, la seule procédure engagée dans cette affaire découlait des deux plaintes déposées par Jérôme Cahuzac lui-même contre Mediapart, le site d'information qui l'accuse depuis un mois d'avoir clôturé son compte secret début 2010, après en avoir transféré les avoirs à Singapour. Désormais, c'est donc sur le fond que la justice va pouvoir démêler le vrai du faux. Edwy Plenel, le patron de Mediapart, a d'ailleurs lui-même demandé fin décembre au procureur de Paris que des investigations "visant à satisfaire la vérité"soient menées.

Cahuzac certain d'en sortir blanchi

Les enquêteurs vont en particulier pouvoir analyser la fameuse bande sonore sur laquelle Mediapart s'appuie pour étayer ses accusations. Jérôme Cahuzac a encore nié dimanche être celui qui reconnaît sans ambages, sur cet enregistrement détenu par un adversaire politique, avoir caché des avoirs chez les Helvètes («Ça me fait chier d'avoir un compte ouvert là-bas). Le procureur va pouvoir "procéder, sans attendre, aux vérifications relatives à la réalité et au contenu de l'enregistrement ainsi qu'à toutes auditions nécessaires pour parvenir à la manifestation de la vérité", a souligné mardi le parquet.

La banque UBS, auprès de qui Jérôme Cahuzac s'est prévalu d'avoir cherché, sans y parvenir à cause de difficultés de procédure, à obtenir un document attestant qu'il n'y avait jamais ouvert de compte, pourrait par ailleurs à présent être sollicitée par la justice.

Le socialiste, qui nie "en bloc et en détail" les accusations, a assuré mardi accueillir "avec satisfaction" l'ouverture de cette enquête préliminaire. "Cette démarche permettra, comme il l'a toujours affirmé, de démontrer sa complète innocence des accusations absurdes dont il fait l'objet", ont fait valoir ses services dans un communiqué. Matignon a de son côté souligné que la procédure est un "élément supplémentaire qui permettra d'établir la vérité que réclame" Jérôme Cahuzac. "Il est membre du gouvernement, par définition, il a le soutien du président et du Premier ministre", a renchéri l'Elysée.

En attendant, le ministre de François Hollande, qui sera probablement auditionné, est politiquement encore un peu plus fragilisé. Une procédure ouverte pour des soupçons de "blanchiment de fraude fiscale", c'est tout de même embarrassant quand on est chargé du Budget.