Un mal pour un bien ? Le séisme déclenché par l'affaire Cahuzac et par les révélations de l'Offshore Leaks pourrait faire trembler le secret bancaire. En tout cas dans le cadre de l'Union européenne, dont plusieurs membres souhaitent un renforcement de la coopération pour lutter contre l'évasion fiscale et le blanchiment d'argent.

Particulièrement éclaboussée, la France a tenté ce dimanche de reprendre l'initiative. Le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, s'est prononcé pour la mise en place d"un échange d'informations automatique" entre les Etats-membres. Une sorte de "Fatca européen", inspiré du Foreign Account Tax Compliance Act adopté en 2010 au Etats-Unis. Cette loi impose aux banques étrangères de transmettre au fisc des informations sur les comptes des contribuables américains. La France et l'Allemagne doivent par ailleurs présenter une proposition contre le blanchiment d'argent dans les prochains jours, a fait savoir Pierre Moscovici.

Le Luxembourg prêt à jouer le jeu

Controversé pour ses pratiques opaques, le Luxembourg semble lui-même prêt à lâcher du lest. "La tendance internationale va vers un échange automatique d'informations bancaires. Nous n'y sommes plus strictement opposés", a affirmé le ministre des Finances, Luc Frieden, dimanche au journal allemand Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.

Considéré comme un paradis fiscal, le Grand-Duché compte 141 banques de 26 pays et 3 840 fonds d'investissement, selon le gouvernement. Luc Frieden avait déclaré récemment qu'il souhaitait que leurs clients viennent désormais au Luxembourg "non pas pour échapper au fisc, mais parce que nos produits et nos services sont mieux adaptés aux besoins internationaux".

L'Autriche s'accroche à son secret bancaire

L'Allemagne a immédiatement applaudi l'annonce de son voisin : "Je salue chaque démarche qui va en direction d'un échange automatique d'informations" bancaires, a déclaré le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, dans une interview à paraître lundi au quotidien Saarbrücker Zeitung. Ce dernier avait annoncé vendredi une croisade internationale contre l'évasion fiscale, invitant ses partenaires européens à "renforcer la pression".

Mais d'autres verrous s'annoncent plus délicats à faire sauter. Pas question pour l'Autriche de lever son secret bancaire. "La position de l'Autriche reste inchangée", a expliqué dimanche à l'AFP Gregor Schütze, porte-parole de la ministre autrichienne des Finances. L'Autriche et le Luxembourg sont actuellement les deux seuls pays de l'Union européenne à refuser de transmettre des informations sur les comptes de résidents de l'UE sur son sol à la suite de demandes judiciaires.