S'il a bien atterri dans son pays, Evo Morales ne s'est pas calmé. Le président bolivien a estimé jeudi "insuffisantes" les excuses présentées par les pays européens qui lui ont refusé leur espace aérien mardi alors qu'il avait revenait de Moscou. Les chancelleries en cause (France, Portugal et Italie) le soupçonnaient de transporter l'informaticien américain en fuite Edward Snowden.

Gênée par l'imbroglio diplomatique provoqué, la France a fait part "de ses regrets" . "Il y avait des infos contradictoires sur les passagers qui étaient à bord", s'est justifié François Hollande. 
Mais "ce qui s'est passé ces derniers jours n'est pas un hasard, ce n'est pas une erreur", a insisté jeudi le président bolivien, qui continue de s'interroger sur les causes de l'incident. "Quel était l'objectif principal ? Me faire peur ? Me faire taire ?", a-t-il martelé. A La Paz, la réaction a également été forte : l'ambassade de France a ainsi été caillassée mercredi. Et selon un député, le Parlement s'apprête en outre à demander en représailles l'expulsion du pays des ambassadeurs des trois pays européens concernés.

"Il ne faut pas se focaliser sur la Bolivie"

Paris pourrait peut-être se permettre un différend diplomatique avec la Bolivie, qui n'est pas un partenaire économique stratégique (0,01% de ses échanges internationaux). Mais ses conséquences régionales pourraient s'avérer gênantes. "Dans cette affaire il ne faut pas se focaliser sur la Bolivie, insiste pour
metronews Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Il faut regarder toute l'Amérique latine, où des réflexes de défense collective se sont mis en place". "Les Anglais s'en sont aperçus quand ils ont voulu faire pénétrer leurs policiers dans l'ambassade équatorienne pour aller cherche Julian Assange, rappelle le spécialiste. Les protestations de Quito ont immédiatement été soutenues par les pays de l'Union des nations sud-américaines". Créée en 2008, l'Unasur regroupe les 12 Etats du sous-continent.

Cette fois encore, les dirigeants des pays de l'Unasur ont prévu de se retrouver jeudi après-midi en Bolivie pour manifester leur solidarité à la Paz. "Il faut faire attention à bien mesurer les retombées éventuelles", met en garde Jean-Jacques Kourliandsky. La France, notamment, doit soigner ses relations avec le Venezuela, qui possède du pétrole, et surtout avec le Brésil, où de nombreuses entreprises françaises sont présentes. Aussi surprenant que cela puisse paraître aux Européens, habitués à leur cacophonie continentale, l'Amérique du Sud a appris à parler d'une seule voix en matière diplomatique.