C'était un secret de polichinelle. On en a désormais la preuve formelle, à en croire les documents exclusifs que publie Lemonde.fr ce lundi. Selon le quotidien, qui cite des documents exfiltrés par l'ancien consultant de la NSA, Edward Snowden, réfugié en Russie depuis le mois de juin, l'agence américaine aurait écouté et enregistré des millions de données téléphoniques des Français entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013. En tout, près de 70,3 millions d'enregistrements ont été effectués.

Des révélations qui ont aussitôt - et enfin - entraîné une réaction du gouvernement. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a d'abord qualifié sur Europe 1 ces informations de "choquantes", assurant qu'elles allaient "appeler des explications". Laurent Fabius a ensuite embrayé en annonçant avoir "convoqué immédiatement" l'ambassadeur des Etats-Unis à Paris. Il sera reçu dès lundi matin au Quai d'Orsay. "Ce type de pratiques entre partenaires qui portent atteinte à la vie privée est totalement inacceptable. Il faut s'assurer, très rapidement, qu'en tout cas, elles ne sont plus pratiquées", a expliqué le ministre des Affaires étrangères aux journalistes.

La France dans le troisième cercle

A la lecture des documents, on peut notamment apprendre comment la NSA procédait pour capter illégalement ses données et pénétrer dans le quotidien des Français : un robot sondait les conversations et se déclenchait automatiquement lorsque certains numéros de téléphone étaient utilisés ou certains mots-clés prononcés. Les messages par SMS étaient aussi récupérés par ce robot. Par ailleurs, l'historique des connexions de chaque cible visée était automatiquement enregistré. Ciblés également, les services de messagerie wanadoo.fr, ancienne filiale d'Orange, et alcatel.lucent.com, l'entreprise franco-américaine de télécommunications.

Pas de précisions sur le type de mots-clés privilégiés, mais selon les informations récoltées par Le Monde, les personnes espionnées seraient aussi bien des individus suspectés de liens avec des activités terroristes que des individus visés pour leur simple appartenance au monde des affaires, de la politique ou à l'administration française. Le graphique de la NSA montre ainsi une moyenne d'interceptions de 3 millions de données par jour avec des pointes à presque 7 millions les 24 décembre 2012 et 7 janvier 2013.

Nom de code du programme : "US-985D". Signification du sigle : néant. On sait seulement qu'il est similaire aux sigles tout aussi sibyllins utilisés pour les programmes d'espionnage visant l'Allemagne, soit US-987LA et "US-987LB. Et qu'ils correspondrait au cercle qualifié par les Etats-Unis de "troisième partie" auquel appartiennent la France, l'Allemagne mais aussi l'Autriche, la Pologne ou encore la Belgique. "La deuxième partie" concerne les pays anglo-saxons historiquement proches de Washington, soit le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, connus sous le nom des "Five Eyes". "La première partie" est constituée des seize services secrets américains. Citoyens français, vous pouvez donc dormir – presque – tranquille : vous êtes le parent pauvre de l'espionnage mondial.