Ils l'ont fait. La Grande-Bretagne dispose depuis peu d'une base censée décrypter l'ensemble des communications internet et téléphoniques de la région moyen-orientale. Son emplacement géographique est tenu secret. L'information, révélée jeudi par le quotidien britannique The Independent, est issue des derniers documents publiés par Edward Snowden, l'ex-consultant du renseignement américain en fuite et actuellement réfugié en Russie.

Les informations révélées par The Independent sont fracassantes. La base britannique pourrait intercepter e-mails, appels téléphoniques et toutes les données circulant sur internet. Les Etats-Unis auraient un libre accès aux données. Pour fonctionner, cette base utilise les câbles sous-marins à fibres optiques implantés dans la région, par lesquels circulent les informations du net. Ensuite, l'information est transmise au centre britannique des écoutes (GCHQ), basé en Angleterre. Le GCHQ la partage ensuite avec l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA). Cette vaste récolte de données obéit à un grand projet anglo-saxon de contrôle des communications Internet, baptisé "Tempora". Son budget pèserait environ 1,2 milliard d’euros, explique The Independent.

Localisation géographique inconnue

Le périmètre d'action de la base est large. Il dépasse le cadre des renseignements sur des individus isolés, puisqu'il peut aller jusqu'à récolter des informations sur les "intentions politiques de puissances étrangères" en matière de terrorisme, prolifération nucléaire, milices privées et fraude financière. Ses statuts et sa création ont été validés par l’ancien secrétaire d'Etat travailliste David Miliband, aujourd’hui chef de l’opposition.

The Independent n'a pas précisé comment il a obtenu le dossier de Snowden ayant trait à cette question. Le journal confie aussi ne pas avoir eu accès à certaines informations, notamment la localisation de la fameuse base. Néanmoins, l'article estime que ce type d'informations, touchant à la sécurité des personnes ainsi qu'aux intérêts vitaux du Royaume-Uni, a probablement été détruite par ordre du gouvernement.

Le gouvernement britannique aux abois

A l'appui de cette théorie, The Guardian a indiqué cette semaine que les experts du GCHQ avaient supervisé le 20 juillet la destruction des documents secrets confiés à sa rédaction par Edward Snowden. En parallèle, la section anti-terroriste de la police britannique a lancé jeudi une enquête criminelle, après l'examen des documents confisqués à David Miranda et Glenn Greenwald, les deux journalistes proches du Gardian à l'origine des publications des documents Snowden. Le gouvernement britannique a même confirmé avoir envoyé un des principaux lieutenants du Premier ministre David Cameron à la rédaction du Guardian , qui a mis la direction de ce journal devant le fait accompli : détruire ou remettre le matériel en question, ou bien faire face aux poursuites judiciaires de l'Etat. La rédaction du Gardian a cédé. "Nous ne faisons pas de commentaires sur les affaires traitées par les services de renseignement", ont ajouté à l'AFP les portes-parole du ministère des Affaires étrangères britannique.

Edward Snowden, coupable d'avoir divulgué les détails de la surveillance électronique mondiale effectuée par les Etats-Unis à The Guardian, a obtenu le 1er août un asile provisoire d'un an en Russie. Washington a réclamé à plusieurs reprises son extradition aux Etats-Unis.