"Evitez de porter la kippa, le chapeau Loubavitz, le schtreimel et la Magen David et évitez de parler en hébreu dans la rue." Comme beaucoup d'autres, quand Freddo Pachter est arrivé à Paris il y a dix jours pour participer au salon Educ-A-Sion, le salon de l'école en Israël, il a reçu des consignes strictes de la part des autorités françaises et israéliennes.

Ce directeur de l'intégration française sur la ville de Nétanya en Israël se trouvait mardi matin, au lendemain de l'agression contre un professeur portant la kippa à Marseille, près de la rue des Rosiers, dans le quartier juif de Paris. "J'ai vécu 18 ans en France dans les années 60-70. Aujourd'hui, l'ambiance n'est plus la même. Avant, on pouvait mettre des signes extérieurs de judaïsme, aujourd'hui, c'est fortement déconseillé. C'est compréhensible, après tout ce qu'il s'est passé depuis un an. Il y a une montée de la violence et du fanatisme en France, c'est évident, et terrifiant. Malheureusement, la machine est lancée."

EN SAVOIR +
>>
Agression d'un professeur juif à Marseille : "II voulait le tuer"
>> Agression antisémite à Marseille : ce que l'on sait du suspect

Beaucoup moins de monde

Pour Jo Laloum, qui œuvre à la synagogue de la rue des Ecouffes (4e arrondissement), l'ambiance dans le quartier est devenue "particulièrement stressante". "Charlie, Montrouge et l'Hyper Cacher en janvier, l'attentat de Villejuif déjoué en avril, les attaques de novembre et maintenant l'agression à Marseille. Ça fait beaucoup. Alors, oui, ici, on a peur", confie-t-il.

Saïda, vendeuse, depuis 18 ans à la boulangerie Korcarz et "de confession musulmane", a été "très choquée" par l'agression de Marseille. "Je suis concernée. L'école de mon fils est à côté de l'Hyper Cacher. Il a été bouleversé et a été suivi par un psy. Moi, je travaille rue des Rosiers toute la semaine..."

A LIRE AUSSI
>> Après l'agression antisémite de Marseille, les juifs "incités" à enlever leur kippa
>> Enlever la kippa ? Le débat qui divise après l'agression antisémite à Marseille

Elle et son collègue Mouhedine ont vu la fréquentation de leur établissement, mais aussi celle de la rue des Rosiers, baisser depuis l'automne. "A chaque fois qu'il y a un attentat, nous avons moins de clients… Puis ils finissent par revenir. Après les attaques du 13 novembre, ça a duré très longtemps, pendant trois semaines au moins. "Il y avait très peu de monde dans la rue, dit Saïda. Les Américains, par exemple, il y a en a beaucoup moins. Et puis les clients, maintenant, c'est plutôt 'à emporter' que 'sur place.'"

A LIRE AUSSI
>> "Ici, rue des Rosiers, on n'est pas à l'abri d'un Mohamed Merah"

>> Rue des Rosiers : "La patrie des juifs de France, c'est la France"

Policiers en civil et militaires

Il y a trois semaines, suite à un colis suspect dans un magasin, le quartier a été bouclé et les démineurs sont venus sur place. "Ça a été la panique. Tout le monde s'est mis à crier, à courir. Les boutiques ont été évacuées et ils ont interdit aux commerçants de sortir. En fait, c'était un sac oublié dans un magasin, ajoute Jo Laloum Tout le monde est plus que vigilant aujourd'hui, et c'est mieux comme ça".

Chaque jour, des dizaines de policiers - dont beaucoup en civils - et des militaires, mobiles ou statiques, veillent à la protection de la rue des Rosiers et de ses abords. La sécurité du quartier a-t-elle été renforcée après l'agression lundi dans la cité phocéenne ? "Nous ne prenons pas des mesures à chaque fois qu'il y a un événement de cette nature. Les mesures sont permanentes. La lutte contre l'antisémitisme c'est un combat permanent, commente Christophe Girard, maire PS du 4e arrondissement. Nous avons l'armée et la police partout, c'est aujourd'hui indispensable."

En 2015, 7 900 juifs ont quitté la France pour l'Israël. "On en attend tout autant voire plus en 2016. L'inquiétude ici est constante, beaucoup préfèrent partir", conclut Freddo Pachter.

A LIRE AUSSI
>> Attentat de la rue des Rosiers : le commanditaire présumé arrêté et libéré sous caution
>>
A quoi pourrait ressembler la prochaine attaque majeure en France et en Europe ?