Les tensions restent vives en Allemagne suite à l’agression de dizaines de femmes le soir du réveillon du Nouvel an par des hommes décrits par la police et des témoins comme "d’origine arabe et nord-africaine". Alors que le seuil symbolique du million de demandeurs d’asile en 2015 a été franchi dans le pays ces jours-ci, une question est sur toutes les lèvres : ces agressions peuvent-elles être le fait des réfugiés ?

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Le chef de la police, dans son rapport au public, a insisté sur le fait que de nombreux hommes suspectés sont connus des services de police depuis longtemps et ne peuvent donc être des réfugiés arrivés récemment sur le territoire allemand. Mais ces événements tragiques n'ont pas manqué de créer une nouvelle vague d’hostilité envers les migrants. A commencer par une partie de la classe politique :  “Ça ne peut pas continuer comme ça”, tweetait lundi Steffen Bilger, parlementaire de la CDU, le parti chrétien démocrate d’Angela Merkel. "Besoin urgent : réduction de l’afflux migratoire, sécurisation des frontières, augmentation des expulsions, justice cohérente", ajoutait-il.

Les médias face au cas de conscience

Certains médias, comme le Huffington Post Allemagne, accusent également la police de cacher des détails pour que le public ne fasse pas la connexion entre les agressions sexuelles et les réfugiés. Le traitement médiatique de la question des réfugiés est d'ailleurs assez compliquée outre-Rhin, les médias étant souvent accusés de s’auto-censurer pour éviter toute critique des réfugiés pouvant être mal perçue dans un pays à l'Histoire douloureuse.

Toutefois, dans ce maelstrom, c'est surtout l'extrême droite allemande qui réussit à faire entendre sa voix. "L’Allemagne est-elle suffisamment ouverte sur le monde et multiculturelle pour vous comme ça, Madame Merkel ?", ironisait Frauke Petry, la président du parti populiste Alternative für Deutschland. Le président du mouvement d’extrême droite Pro NRW, Christopher Freiherr von Mengersen, a quant à lui d"crété qu'il était temps "d’envoyer un signal fort. Les populations locales ne peuvent plus supporter tout ce qu’on met sous le tapis sous prétexte d’une fausse idée de tolérance."

Les autorités tentent d'apaiser

Dans un souci d’apaisement, la maire de Cologne, Henriette Reker - édile qui avait été poignardée par un individu opposé à sa politique pro-réfugiés la veille de son élection en 2015 -  a insisté sur le fait qu’il n’y a "aucune preuve que nous ayons ici affaire aux gens qui ont reçu asile dans la ville." Un message toutefois brouillé par une récente sortie dans laquelle elle invitait la population à se tenir à distance des inconnus...

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Au niveau fédéral, le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maiziere, a lui aussi prévenu la population contre le sentiment anti-réfugiés : "En général, les derniers chiffres montrent que les réfugiés commettent tout autant, ni plus ni moins, de crimes que les autres." Il a également souligné qu’on ne pouvait "autoriser aux réfugiés, de n’importe quelle origine, d’être placés sous suspicion générale", alors qu’Angela Merkel a, elle, réclamé une enquête efficace et rapide, "quelle que soit l’origine" des criminels recherchés.

Enfin, le président de la police de Cologne a annoncé un renforcement des effectifs ainsi que de la vidéo-surveillance. Une offre bien maigre face aux débats houleux qui agitent la ville quelques semaines avant l’événement le plus important de l’année : le célèbre carnaval de la cité.