Faut-il arrêter de se maquiller, de manger, de respirer ? Les polémiques liées aux substances potentiellement toxiques que contiennent nos produits de consommation s’enchaînent à une vitesse folle.

Dernière en date : la tempête déclenchée par la journaliste Virginie Belle, auteure de "Quand l’aluminium nous empoisonne", qui dénonce un “scandale sanitaire”. Eau du robinet, emballages, laits maternels industriels, additifs alimentaires, cosmétiques... et surtout adjuvants pour les vaccins. L’alu est partout alors qu’il “pourrait être impliqué” dans nombre de maladies neurologiques (Alzheimer, Parkinson...). 

L’Association française de l’aluminium a beau fustiger un “livre à thèse”, le débat est relancé, tandis que l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) mène des études qui devraient aboutir ces prochains mois. Autre front sensible, le bisphénol A, que la France a décidé d'interdire dans les biberons. En affirmant au début du mois (vendredi 1er octobre) que ce composé chimique utilisé dans les plastiques alimentaires était sans risque, l’Agence européenne pour la sécurité des aliments (AESA), bras scientifique de la Commission de Bruxelles, a suscité la colère d'associations et de politiques invoquant la santé publique et la "protection des bébés".

Une semaine plus tard (jeudi 7 octobre), la Commission tentait de calmer le jeu "en n'excluant pas qu'il puisse y avoir un effet sur le développement (du corps humain)" et que des mesures soit prises pour restreindre l'utilisation du bisphénol A. Phtalates, ethers de glycol, aspartame, paraben... Autant de boîtes de Pandore ouvertes, avec à la clé, des multinationales pointées du doigt, de fortes suspicions de conflits d’intérêt entre lobbys et laboratoires, et des centaines d’études contradictoires. Difficile de rester zen face à tant de produits décriés. "Impossible d’y échapper. 

Chez vous, vous trouverez par exemple des milliards de phtalates", explique Patrice Halimi, secrétaire général de l’Asef (Association Santé Environnement France, qui rassemble plus de 2 500 médecins autour de ces problématiques). "Mais ne tombons pas dans la paranoïa. C’est surtout l’effet cocktail de ces substances qui est dangereux. Et de même que laver les fruits et légumes limite les effets des pesticides, faire plus attention au moment de l’achat permet de ramener moins de produits toxiques à la maison."

"Tout ce qui nous entoure est devenu suspect, pas seulement le bisphénol, qu’il ne faudrait d’ailleurs pas interdire uniquement dans les biberons", assène, plus radical, André Cicolella, du Réseau Environnement Santé (RES), créé à l’initiative d’ONG et de professionnels de la santé. "La plupart de ces produits qui effraient sont des perturbateurs endocriniens : ils modifient le fonctionnement hormonal et les capacités reproductives, avec des effets possibles sur plusieurs générations. Cette catégorie de produits est encore insuffisamment intégrée à la règlementation en matière de santé publique, en grande partie basée sur des concepts datant de 40-50 ans."

Tout en reconnaissant que le sujet semble avancer au plan politique - un grand colloque a été organisé mi-septembre à l’Assemblée nationale, une première -, le scientifique salue l’audace de John Kerry, qui a présenté un projet de loi ayant "pour objectif, à terme, de ne plus retrouver la moindre trace de perturbateur endocrinien dans l’organisme des parents américains". Utopiste ? "Peut-être. Mais, à l’instar de l’affaire du Distilbène, un médicament dont on voit aujourd’hui les méfaits sur la 3e génération, peut-on se permettre de courir le risque de découvrir trop tard les effets de produits toxiques ? Nous avons la responsabilité de nous saisir du sujet."