Un président très malade, et invisible depuis deux ans, peut-il se représenter ? La question se pose en Algérie. De nouveau hospitalisé à Paris depuis mardi, Abdelaziz Bouteflika est rentré jeudi à Alger. Juste à temps pour signer, avant dimanche, le décret qui lancera le processus électoral. Ensuite, la présidentielle devra se tenir dans les trois mois, et les candidats se déclarer dans les 45 jours. Or après déjà 14 ans au pouvoir (un record), le parti du patriarche ne semble pas douter d'une quatrième candidature.

"Nous sommes sûrs et convaincus que Bouteflika sera candidat", a ainsi déclaré Amar Saïdani, secrétaire général du Front de libération national (FLN). Tandis que la présidence assurait que le chef de l'Etat, âgé de 76 ans, se trouvait au Val-de-Grâce pour un "contrôle de routine". Ses examens ont montré "une nette amélioration" de sa santé, a indiqué l'agence nationale APS.

Deux conseils des ministres en un an

Mais ceux qui veulent le voir pour le croire en sont pour leurs frais. Depuis sa dernière hospitalisation parisienne, entre avril et juillet suite à un AVC, le président n'a fait aucune apparition publique. Et il n'a, en tout et pour tout, convoqué que deux conseils des ministres… les seuls de l'année 2013. Ce qui pose, avant la question d'un quatrième mandat, celle de sa capacité à exercer la fin du troisième.

"Les interrogations sur le pouvoir réel de Bouteflika existent depuis son investiture, rappelle à metronews Béligh Nabli, directeur de recherche à l'IRIS*. Aujourd'hui, on arrive au paroxysme de ce système de façade". Dans ces conditions, qui dirige l'Algérie ? "Un ensemble de personnages issus de l'armée, qui ont mis la main sur l'appareil économique au moment des grandes privatisations."

L'affaiblissement de leur champion pourrait-elle permettre l'émergence d'une opposition ? "Les Algériens sont lassés par une situation sociale et économique sans espoir, analyse le chercheur. Mais en face, l'opposition se montre incapable de dessiner une alternative viable". Si le nom d'Ali Benflis, ex-Premier ministre et rival de Bouteflika en 2004, bénéficie d'un engouement médiatique, pas sûr qu'il parvienne à émerger. Pour l'heure, la scène politique semble en effet paralysée en attendant la décision du président sortant. Et si celui-ci jette l'éponge, nul doute que le FLN lui trouvera un remplaçant pour garder sa mainmise.

*auteur de "Comprendre le monde arabe" (éd. Armand Colin)