Entre le 9 septembre 2000 et le 6 avril 2006, huit citoyens turcs ou d'origine turque et un Grec sont assassinés. Cybercafés, épiceries, kebabs : les meurtres ont lieu à travers toute l'Allemagne. Sans aucune revendication. L'arme à feu est toujours la même, pourtant la police tarde à faire le lien entre les crimes, plus tard considérés comme xénophobes. Ce sont pour ces assassinats que Beate Zschäpe, membre du trio d'extrême droite Clandestinité national-socialiste (NSU), est jugée à partir de lundi, à Munich, dans l'un des plus grands procès de néonazis de l'Après-guerre.

D'abord prévu le 17 avril, il va permettre à la justice allemande de se pencher dans les mois à venir sur le parcours personnel et meurtrier de la principale accusée, âgée de 38 ans, qui s'est rendue à la police en 2011. "Née en RDA dans une famille monoparentale, Beate Zschäpe vient d’un milieu modeste, explique pour Metro Stéphane François, enseignant à l'université de Valenciennes et spécialiste des idéologies radicales. Elle a cumulé de petits emplois et on peut envisager qu’elle a développé un certain ressentiment vis-à-vis des populations immigrées, mieux loties qu’elle de son point de vue". C'est d’ailleurs durant cette période, qui correspond à la chute du Mur, qu’elle rejoint des groupes néonazis, très implantés dans sa Thuringe natale, avant de fonder la NSU.

"Resucée du national-socialisme"

Le groupuscule prône le suprématisme blanc, la xénophobie et l'antisémitisme : "Leur doctrine peut se résumer à une resucée du national-socialisme, associée à une volonté de l’action directe", analyse le politologue qui précise que la NSU reste un cas isolé en Allemagne. Pourtant surveillée par la police dès le début, celle-ci perd la trace de la NSU en 1998, jusqu'à l'arrestation en 2011. Un trou de 14 ans qui a beaucoup fait jaser les médias outre-Rhin, accusant la police d'incompétence. "Il ne faut pas oublier que ces crimes n’étaient pas signés : aucun symbole, aucune revendication d’extrême droite ne venaient faciliter l’enquête de la police. Autre difficulté, ils étaient espacés dans le temps et l’espace : il était donc difficile de faire le lien", estime Stéphane François.

Murée dans le silence depuis un an et demi, l'accusée comparaît comme seule meurtrière présumée. Ses deux acolytes Uwe Böhnhardt et Uwe Mundlos, s'étant donnés la mort en 2011. Elle est également soupçonnée du meurtre d'une policière en 2007 et d'être impliquée dans deux attentats contre des communautés étrangères ainsi que 15 braquages de banque. Quatre personnes, soupçonnées d'avoir fourni une aide logistique à la cellule, se tiendront aussi sur le banc des accusés dans ce procès hors normes où au moins 77 personnes se sont portées partie civile, assistées par une cinquantaine d'avocats. Six cents témoins seront appelés à la barre ce grand rendez-vous judiciaire qui pourrait durer deux ans et demi.