"Voulez-vous devenir mannequin ?" Une phrase que beaucoup de jeunes filles rêvent d'entendre. Le problème, c'est lorsque cette phrase est prononcée devant une clinique à une adolescente luttant contre l'anorexie. "J'attendais un taxi devant le Centre contre les troubles de l'alimentation de Stockholm (Stockholms Centrum för Ätstörningar), nous raconte Angelica Karlsson. Quand un homme s'est approché et m'a tendu sa carte de visite." Ce recruteur travaillait pour l'une des plus importantes agences de mannequins de Suède. C'était il y a treize ans.

Angelica était une adolescente si gravement atteinte par la maladie que sa vie était en danger. "J'étais si malade que je n'allais plus à l'école, explique-t-elle. Les médecins du Centre menaçaient de m'interner si je ne prenais pas les boissons nutritionnelles qu'ils me donnaient." C'est après l'un de ses rendez-vous que l'agent de recrutement l'a accostée. "Sa proposition m'a fait croire que j'étais sur la bonne voie. J'étais flattée et je pensais enfin atteindre mon idéal. Or cela a détruit mon traitement. Comment comprendre qu'on est malade quand quelqu'un vous dit que vous êtes assez belle pour être un top-modèle ? On préfère entendre ces mots-là que ce que vous disent les médecins."

"Plein d'autres ont été approchées"

Le plus inquiétant est que cet incident n'était pas une première pour Angelica. Un autre agent l'avait abordée près de la station de métro proche du Centre, d'autres attendaient devant… Elle n'était pas un cas isolé, selon elle : "Ce n'est pas difficile de trouver des filles avec cette même expérience. Plein d'autres ont été approchées." Mais ce fut la fois de trop. Ses parents l'ont fait interner dans un centre sécurisé, au nord de la capitale suédoise.

Depuis, Angelica a vaincu l'anorexie. Elle ne peut plus regarder les défilés de mode, car ils lui rappellent son passé douloureux avec la maladie. "Ces défilés me rendent tellement mal, souffle-t-elle. Non pas que je veuille leur ressembler, mais je pense qu'elles ont l'air malade."