Une nouvelle terrible épreuve pour les proches de la victime. Anthony Draoui, un marginal au parcours chaotique, comparaît à partir de ce lundi 1er février devant la cour d'assises d'appel du Gard à Nîmes pour le meurtre en 2011 en Ardèche d'une joggeuse de 17 ans, dont le corps avait été retrouvé calciné. Le 3 octobre 2014, le jeune homme, aujourd'hui âgé de 23 ans, avait été condamné par la cour d'assises de l'Ardèche, à Privas, à 30 ans de réclusion criminelle, assortie d'une période de sûreté des deux tiers pour le meurtre de Marie-Jeanne Meyer.

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Présentée par ses professeurs comme une "élève modèle" qui allait passer son bac de français, celle-ci avait croisé la route d'Anthony Draoui sur les hauteurs de Tournon, en Ardèche, le 18 juin 2011, alors qu'elle faisait un jogging. Le cadavre de la jeune fille avait été retrouvé trois jours plus tard, partiellement démembré et carbonisé, dans une fosse de 2m50 sur 3 remplie de 7m3 de pierres et recouverte de branchages, à proximité du campement de fortune du marginal. 

Des aveux sans émotions

Interpellé quelques jours plus tard pour l'agression d'une femme dans un salon de coiffure, Anthony Draoui, laissé en liberté provisoire, avait fui à Barcelone où il vivait dans la rue. En 2012, il était interpellé dans un train alors qu'il rentrait en France sous une fausse identité. Confondu par son ADN, il avouait alors le meurtre de l'adolescente. 

Au cours de son premier procès, le jeune homme avait livré un témoignage empreint de contradictions et sans émotion, ne reconnaissant que partiellement les faits. D'un ton monocorde, il avait assuré avoir poignardé Marie-Jeanne car elle avait refusé ses avances, après l'avoir suivi volontairement jusqu'à son campement de fortune. La famille soutient que la jeune fille a été contrainte de le suivre et que la fosse avait été préalablement creusée pour commettre l'irréparable. 

La famille de la victime a volé en éclat

Anthony Draoui avait fait appel de sa condamnation, estimant par la voix de son avocat n'avoir "pas été totalement entendu, notamment sur son parcours", marqué par une relation destructrice et violente avec une mère alcoolique et toxicomane. Au gré des séjours maternels en hôpital psychiatrique, il séjournait dans divers foyers et familles d'accueil avant de se retrouver à la rue, devenant lui-même alcoolique et consommateur de drogues. Décrit par les psychiatres comme un être solitaire et impulsif, doté d'une personnalité "borderline", l'ex-SDF avait souhaité que l'affaire soit "rejugée dans des conditions plus sereines". 

De son côté, la famille de la jeune victime s'apprête à affronter l'épreuve que constitue cet appel avec "un sentiment de tristesse" car elle avait trouvé la première condamnation juste, a expliqué son avocat Me David Metaxas. Le drame a "explosé" la jeunesse du frère de Marie-Jeanne, âgé de 20 ans, et de sa soeur de 16 ans tandis que le couple formé par Jean-Philippe et Sonia Meyer a "volé en éclats", poursuit Me Metaxas. "Cet appel est un enfer mais ils vont aussi le vivre comme la dernière occasion d'être confrontés au monstre et de lui poser des questions". 

Selon la famille, Anthony Draoui a "démembré et brûlé le corps de Marie-Jeanne pour qu'elle ne soit pas identifiable, pour l'annihiler" mais également afin de "dissimuler des violences sexuelles", souligne Me Metaxas. Pour les Meyer, dit-il encore, "le processus de deuil est impossible", à l'image du père Jean-Philippe, également élevé en familles d'accueil, "dont la vie est restée bloquée le jour où Marie-Jeanne lui a été arrachée". Régulièrement M. Meyer se rend sur les hauteurs de Tournon, raconte son avocat : "il continue à chercher le moindre centimètre d'ossement de sa fille. Pour ne pas la laisser seule là-bas".