"C'était la moindre des choses. Mais si c'est juste pour une balade à l'Elysée, autant attendre la Journée du patrimoine". Alors qu'elle a appris lundi matin l'invitation de François Hollande par voie de presse, Frigide Barjot, chef de file de "La Manif pour tous", reste sur ses gardes. "Je suis interloquée de connaître à l'avance le contenu du rendez-vous", nous explique-t-elle. Car si l'Elysée a indiqué que le président de la République recevra officiellement les opposants au projet de loi sur le mariage pour tous dans les prochains jours, précision a été faite qu'"à cette occasion, il réaffirmera sa détermination à faire adopter le texte, le principe ne changera pas".

"A quelques jours de la manifestation nationale en faveur du projet (le 27 janvier, ndlr), nous ne sommes pas dupes de l'enjeu politique d'une telle rencontre, indique à Metro Tugdual Derville, autre porte-parole du collectif et délégué général d'Alliance Vita. Ces derniers mois, l'exécutif a été présomptueux et a négligé notre résistance. Mais après la manifestation du 13 janvier, ce rendez-vous était inéluctable".

Changement de ton

Jusque-là, François Hollande était resté sourd aux demandes d'entretien des "anti". Trois jours après la manifestation contre le projet de loi - qui a rassemblé 340 000 personnes selon la police, 800 000 d'après les organisateurs - la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem estimait que la ministre de la Justice Christiane Taubira était "la personne la plus adaptée pour répondre aux interrogations". Quant au ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, il considérait que les recevoir n'était peut-être "pas du niveau" du chef de l'Etat. Lundi matin, la responsable UMP Valérie Pécresse a déclaré qu'en "refusant de recevoir à l'Elysée les anti-mariage homosexuel, il dit bien qu'il les considère comme des citoyens de seconde zone".

"Les cartes sont entre les mains de François Hollande. Il a tout pouvoir pour suspendre ce projet, proposer un référendum, ouvrir de nouveaux travaux, juge Tugdual Derville. Nos manifestants avaient besoin de se sentir écoutés. Maintenant, ils ont besoin d'être entendus". Et si la rencontre était "purement symbolique", Frigide Barjot prévient : "On lui annoncera alors la date d'une nouvelle manifestation nationale."