Au lendemain de la confirmation par François Hollande de la mort d'Abdelhamid Abou Zeïd, Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) a déjà choisi son successeur. L'Algérien Djamel Okacha a été désigné "il y a quelques jours" comme le nouveau chef du groupe terroriste pour la région s'étendant de Ghardaïa (centre-sud de l'Algérie) à l'Azawad (nord du Mali), selon une annonce, dimanche, du patron de la chaîne de télévision algérienne Ennahar TV, Mohamed Mokeddem. Avant de préciser qu'il devait encore être confirmé dans ses fonctions par l'ensemble de la direction.

Agé de 34 ans, Djamel Okacha, alias Yahia Aboul Hammam, est "l'homme de confiance d' Abdelmalek Droukdel" le chef d'Aqmi. Okacha n'est pas passé par l'Afghanistan comme Mokhtar Belmokhtar, l'un des hommes forts du groupe terroriste entré en dissidence en octobre 2012 pour fonder son unité combattante, et responsable de la prise d'otages sanglante d'In Aménas, dans le sud algérien. Selon une source diplomatique, Belmokhtar, qui aurait aussi été tué au Mali, n'appréciait justement pas le fait qu'Okacha n'ait pas eu "le baptême" de l'Asie centrale.

Un homme dédié au djihad

Impliqué en Algérie, puis dans le nord du Mali depuis 2004, Okacha a progressivement gagné du galon et, depuis 2007, la confiance de Droukdel et d'Abou Zeïd, alors que Belmokhtar la perdait à cause de tensions internes. Okacha "a eclipsé Belmokhtar dans sa mission d'unification des katibas (unités combattantes) sahariennes", a ajouté la source diplomatique.

Pour le patron d'Ennahar TV, Okacha "va renforcer Droukdel" et calmer les tensions. Il précise que ce nouvel homme fort d'Aqmi "maîtrise bien la philosophie djihadiste et a des dons de prédicateur" face aux jeunes. Fort de "bonnes relations" avec les islamistes mauritaniens, il est soupçonné d'implication dans l'assassinat en juin à Nouakchott (Mauritanie) d'un Américain, Christopher Logest, et dans l'attaque contre l'ambassade de France (deux blessés) en août 2009.

"Sa seule femme, c'est le djihad"

Membre du Groupe islamique armé (GIA), il est emprisonné en 1995 durant 18 mois en Algérie, en pleine décennie noire. Libéré, il rejoint le tout aussi sanguinaire Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC, devenu Aqmi). Actif dans la région kabyle de Tizi Ouzou (nord-est), il est ensuite condamné à mort par contumace. "Sa seule femme, c'est le djihad", selon Mohamed Mokeddem.

En octobre, il déclarait à l'agence mauritanienne ANI : "Nous reconnaissons tout régime qui accepte la loi de Dieu et sommes prêts a être ses fidèles soldats. Tout régime opposé à la religion de Dieu et qui cherche à appliquer des lois (terrestres) et tout ce qui en découle n'est pas acceptable pour nous. Nous considérons que les musulmans doivent s'en débarrasser". Cette succession survient alors que, dimanche, de nouveaux accrochages entre l'armée malienne et des combattants islamistes ont fait sept morts dans la ville de Gao (nord).