Opposition confessionnelle

Poids lourds du Moyen-Orient séparés par l'étroit golfe Persique, l'Arabie saoudite et l'Iran entretiennent depuis longtemps des relations particulièrement tendues, que les événements récents ont envenimées. L'opposition entre les deux théocraties apparaît tout d'abord confessionnelle depuis la révolution islamiste de 1979 en Iran, qui a instauré un régime chiite dans l'un des seuls pays à majorité chiite du monde musulman. En face, la dynastie saoudienne règne sur l'Arabie saoudite en y appliquant la doctrine wahhabiste, mouvement rigoriste issu de l'islam sunnite. Toutefois, ces tensions religieuses sur fond d'opposition entre les deux courants de l'Islam cachent bien souvent des enjeux géopolitiques.

Deux Etats qui se livrent une lutte d'influence

Entre les deux Etats, qui s'accusent mutuellement de vouloir accroître leur leadership au Moyen-Orient, les conflits sont nombreux depuis plus de trente ans. Samedi, l'exécution du dignitaire chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr, formé en Iran, a mis le feu aux poudres entre Ryad et Téhéran, qui ont suspendu leurs relations diplomatiques.

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Ces nouvelles tensions interviennent trois mois après le drame du pèlerinage près de La Mecque (Arabie saoudite) qui a fait plus de 2000 morts, dont une majorité d'Iraniens, et provoqué une crise entre les deux pays, Téhéran reprochant notamment à Ryad de ne pas assurer la sécurité des pèlerins. Elles apparaissent également dans un contexte sensible autour du prix du pétrole, alors que l'Iran accuse l'Arabie saoudite de porter atteinte "aux intérêts de son propre peuple et aux peuples musulmans de la région" en faisant baisser les cours, aujourd'hui au plus bas depuis 2009.

Des stratégies différentes en Syrie

Les deux pays sont engagés dans la lutte contre l'Organisation Etat islamique (OEI) en Irak et en Syrie, mais Téhéran et Ryad sont loin de travailler de concert contre les djihadistes, principalement en raison de leurs divergences de vue fondamentales sur l'avenir de Bachar al-Assad. L'Iran est en effet, avec la Russie, un soutien affiché de l'homme fort de Damas, la "bête noire" du pouvoir saoudien, qui lui soutient des groupes rebelles. Reste que si elle reste une base de logistique majeure pour la coalition, l'Arabie saoudite semble ces derniers mois avoir bien plus engagé ses forces au Yémen, où combattent des rebelles chiites.

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