"Vous pensez que je vais me laisser faire ? L'Etat a cherché à cinq reprises à annuler l'arbitrage. A chaque fois, il a échoué". Touché mais pas coulé, Bernard Tapie a promis qu'il n'en resterait pas là. Mercredi matin, les magistrats enquêtant sur l'arbitrage controversé dans l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais ont frappé l'homme d'affaires au portefeuille en saisissant une partie de ses biens : sa villa à Saint-Tropez achetée 48 millions d'euros, ses parts sociales dans un hôtel particulier à Paris pour 69,3 millions d'euros, et deux assurances-vie dont la valeur de rachat est estimée à plus de 20,7 millions d'euros. Ils ont également obtenu l'accord du parquet pour saisir ses parts dans le Groupe Hersant Média (La Provence et Nice Matin).

Tapie se dit "présumé coupable"

"Une mesure conservatoire" pour prévoir "la réparation éventuelle d'un préjudice qui aurait été subi par l'Etat, c'est-à-dire par le contribuable" a indiqué le ministre de l'Economie Pierre Moscovici. Sur les plateaux de iTele et TF1, l'ancien patron de l'OM, mis en examen fin mai pour escroquerie en bande organisée, a de nouveau crié au complot : "En réalité, la mise en examen a été faite uniquement pour pouvoir procéder à ce qu'ils font aujourd'hui. On voit bien que les juges, le parquet, se sont réunis pour dire Comment on va lui piquer ses biens?" "Je ne savais pas qu'on vivait dans un pays où on peut exécuter des gens avant de les avoir jugés", a-t-il poursuivi dénonçant une loi initialement faite "pour les trafiquants de drogue".

"Il est vrai que la saisie de biens est de plus en plus utilisée par les juges d'instruction notamment dans les dossiers de braquage, de trafics divers et variés et aujourd'hui dans les affaires financières", explique à metronews Caty Richard avocat spécialisée en droit pénal. S'il conserve la jouissance des biens saisis, l'ancien ministre ne peut désormais plus les vendre. Les 403 millions d'euros attribués, en juillet 2008, par le tribunal arbitral n'a pas fini intégralement dans ses poches. Il a dû en effet honorer diverses dettes et impôts. Mais cette coquette somme lui a permis de revenir aux affaires en réinvestissant des dizaines de millions d'euros. "L'Etat m'a versé 180 millions et ils me saisissent pour 280 (…) J'ai l'intention de me battre" a prévenu mercredi soir Bernard Tapie. Il a annoncé qu'il allait contester cette décision auprès de la chambre de l'instruction.