Vols de bébés d'opposants, disparition de 30 000 personnes : l'ancien dictateur argentin Jorge Videla a violemment marqué l'Histoire de son pays. Honni par la population, il est mort jeudi, dans un hôpital de Buenos Aires, après avoir été transféré d'urgence depuis sa prison. Il y purgeait une peine de réclusion à perpétuité pour l'exécution de trente et un détenus politiques, accusé d'avoir appliqué un plan systématique d'élimination des opposants au régime.

"J'assume pleinement mes responsabilités. Mes subordonnés se sont contentés d'obéir à des ordres", avait-il alors déclaré, à l'annonce du verdict. C'est sous son commandement que la répression militaire avait atteint son paroxysme, les 30 000 disparus étant inlassablement réclamés par les "Mères de la Place de Mai", tous les jeudis devant le Palais présidentiel à Buenos Aires.

Une longue bataille judiciaire

Videla est né en 1925 près de Buenos Aires dans une famille d'officiers. Après une carrière classique dans l'infanterie, il avait été nommé chef d'état-major général de l'armée de Terre, puis commandant en chef de l'armée de Terre, en août 1975. Il était arrivé au pouvoir un an plus tard, prenant la tête d'un putsch contre le gouvernement d'Isabel Martinez de Peron. A cette période, l'Amérique latine était tristement célèbre pour ses dictatures militaires et escadrons de la mort en Uruguay, Equateur et surtout au Chili avec le général Pinochet (1974-1990).

Tous avaient participé au plan Condor, un plan concerté pour éliminer les voix discordantes pendant les années 1979-1980. Mais Jorge Videla a toujours nié les violations des droits de l'homme commises sous sa mandature, notamment les tortures et vols de la mort qui consistaient à jeter les opposants vivants depuis un avion. La condamnation de l'ancien général en 2010 marquait la fin d'une longue bataille judiciaire pour le voir derrière les barreaux.

Il avait déjà été condamné à la perpétuité en 1985, au cours d'un procès de la junte militaire pour les crimes commis sous la dictature, causant la disparition de 30 000 personnes entre 1976 et 1983. Mais l'homme avait bénéficié d'une grâce en 1990 de l'ancien président Carlos Menem, déclarée ensuite anticonstitutionnelle en 2007. En 2012, il avait également été condamné à 50 ans de prison pour le vol de 35 bébés, dont 26 ont pu retrouver leur identité à l'association des Grands-Mères de la place de Mai. Dépourvu de tout remords, Jorge Videla réclamera de son côté des dédommagements et une "réparation morale" à la Justice après ses condamnations, requête toujours refusée par l'Etat argentin.