Cette fois, "la ligne rouge" a été franchie. La Maison-Blanche a reconnu pour la première fois jeudi que le président Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques, dont du gaz sarin, en Syrie. Les Etats-Unis, qui avaient fixé en août dernier l'utilisation des armes chimiques comme la condition sine qua non d'une intervention militaire, ont annoncé dans la foulée un soutien militaire, sans autre précision, aux rebelles syriens. Le revirement spectaculaire n'aura cependant pas lieu.

"Après un examen délibératif, nos services de renseignement jugent que le régime d'Assad a eu recours à des armes chimiques, notamment du gaz innervant sarin, à une échelle réduite et à plusieurs reprises contre l'opposition au cours de l'année écoulée", a déclaré Ben Rhodes, conseiller adjoint de Barack Obama à la sécurité nationale, chargé des communications stratégiques. Toujours selon ce porte-parole de Barack Obama, "100 à 150 personnes ont succombé à ce jour à des attaques chimiques identifiées en Syrie". Ben Rhodes a également affirmé que les Etats-Unis apporteront un "soutien militaire" aux rebelles syriens, mais s’est refusé à parler de livraisons d’armes. 

Des livraisons d'armes et de munitions

A Washington, plusieurs élus républicains, à l'instar de John Mc Cain, réclament une intervention plus musclée à l'égard de Damas, comme l'instauration d'une zone d'exclusion militaire ou des frappes aériennes contre les installations de Bachar al-Assad. Mais Barack Obama préfère, pour le moment, se contenter d'augmenter son aide non-létale (livraison de vivres et de matériel médical).

Quant à l'assistance militaire qu'il promet aux insurgés, aucun détail n'a été donné sur son contenu. Il pourrait s'agir essentiellement de livraison d'armes légères et de munitions, selon le New York Times, qui a recueilli les confidences d'officiels américains. Mais pas question, pour le moment, d'envoyer aux rebelles des armes antiaériennes, ce dont manquent pourtant cruellement les insurgés, d'après les commandants rebelles.

Des exercices militaires en Jordanie

Et si aucune décision sur une zone d'exclusion militaire n'a encore été prise, les Etats-Unis vont toutefois laisser en Jordanie, pays frontalier de la Syrie, des chasseurs F-16 et des missiles Patriot, ainsi qu'une unité de Marines sur des navires amphibies, à la fin d'exercices militaires communs, a précisé un responsable américain de la Défense, sous couvert d'anonymat, à l'AFP.

Cette annonce intervient peu après que la France et le Royaume-Uni ont affirmé avoir la "certitude" de l'utilisation d'armes chimiques dans le conflit syrien. Des annonces qui ont pressé leur allié américain à durcir le ton à son tour. Sauf l'administration américaine se déchire encore sur le degré d'implication qu'elle doit adopter en Syrie. Le gouvernement américain semble avoir pris conscience de l'urgence, estimant que l'équilibre militaire a basculé ces dernières semaines contre les rebelles. Mais à l'heure où la menace salafiste grandit dans le pays, d'aucuns craignent en effet déjà que des armes venues d'Occident ne tombent entre de mauvaises mains.