"Bruxelles ? Des connards !" Le ministre du Redressement productif n'y va pas par le dos de la cuillère, dans le portrait qui lui est consacré dans Le Magazine du Monde, et publié ce vendredi. Arnaud Montebourg semble avoir des poussées d'urticaire à la seule mention de la politique de rigueur de l'Union européenne, et n'a de cesse d'éructer contre "le bilan de Barroso".

"Remettre l'industrie au premier plan" : voilà sa ligne politique à lui. Exhibant partout son portable à coque tricolore et prônant une politique "moins gestionnaire, plus audacieuse", l'excentrique ministre fanfaronne : "Mittal, je lui en ai mis une ; depuis, il fait moins le malin".

"Je suis invirable !"

Celui qui a fait une intrusion fracassante à la primaire socialiste, faisant 17%, a conscience de son poids politique. S'il n'avait pas appelé à voter Hollande au second tour de la primaire, peut-être Martine Aubry serait-elle aujourd'hui dans le fauteuil présidentiel. "Je suis invirable !", fanfaronne-t-il. François Hollande, lui aussi interrogé par Le Monde, l'assure pourtant : "Il n'y a d'immunité pour personne". "On lui pardonne beaucoup parce qu'il est nécessaire", reconnaît le socialiste Jean-Marie Le Guen.

Sur ses relations avec le CAC 40, le ministre souffle le chaud et le froid. A sa manière : "Je ne déteste pas les patrons, je n'aime pas les cons, c'est différent". Grande gueule du gouvernement, Montebourg sait aussi se faire discipliné. Le gaz de schiste ? "Le Président a refermé le débat, je ne vais pas contre l'avis du Président". François Hollande ironise sur le caractère volcanique de son ministre : "Un rodage a eu lieu, mais il connaît les limites".

"On m'appelle le ministre du Dressement reproductif"

Quelque 18 % des femmes interrogées par l'Ifop dans Elle voient en lui un "fantasme d'amour de vacances". Rien de moins. "On m'appelle le ministre du 'dressement reproductif'". Il est content de son bon mot. Dragueur au point d'être surnommé "Love, love" au gouvernement, parce qu'il a la manie de faire des clins d'œil à toutes les ministres femmes en les saluant d'un "love, love". "Il est énorme" et "lourdingue", assure, hilare, une de ses collègues.

Le ministre bourguignon revendique son originalité jusque dans ses origines. Il décrit sa famille "arabo-morvandelle" comme un "alliage improbable". Son grand-père était un militaire algérien, et du côté de sa mère, on est charcutiers. La devise du magasin familial, toujours visible dans son ancienne circonscription, c'est déjà tout un programme : "La rosette Montebourg, le régal de toujours". Original, l'ancien président du conseil général de Saône-et-Loire l'est jusque dans son mode de vie : il voyage avec une simple brosse à dents et une chemise de rechange et n'est accompagné que d'un unique conseiller alors que d'autres ministres sont constamment encerclés par une armada de collaborateurs."Malgré son côté flamboyant, il est plus modeste que les autres", précise au Monde son ami Malek Boutih.

"La présidentielle est la seule élection à laquelle j'envisage de me représenter"

"Montebourg s'est radicalisé, endurci. Il va de plus en plus loin dans son combat. Il ne veut être ni un Chevènement ni un Mélenchon, il ne veut pas être à la marge, mais se placer au centre du jeu", analyse Malek Boutih. "Dans ma vie, j'ai toujours été en lutte contre le système économique et politique", assure l'intéressé.

Celui qui a osé dire au Premier ministre, son patron, qu'il "fait chier la terre entière", n'esquive même pas un regret, et enfonce le clou : "Ayrault n'aurait jamais dû avouer que je lui avais dit ça, je l'ai engueulé d'ailleurs". Il ne feint même pas de cacher son conflit avec Pierre Moscovici : "Il y a deux patrons à Bercy", clame l'ancien compagnon d'Audrey Pulvar. "C'est vrai qu'il fait des moulinets, mais il s'écrase ensuite comme sur les gaz de schiste", répond un ministre de François Hollande, qui, bien sûr, préfère garder l'anonymat.

Arnaud Montebourg conclut sa participation au portrait qui lui est consacré comme il l'a commencé : tout en douceur. "J'en ai marre des élections. La présidentielle est la seule élection à laquelle j'envisage de me représenter (sic) un jour".