Les entreprises étrangères ont recommencé à s'implanter en France mais les emplois ne suivent pas. Comment expliquez-vous ce décalage ?
Elles ont créé 30.000 emplois l'année passée. Dans le combat que nous menons contre le chômage, c'est un apport important. Nous savons par ailleurs que les entreprises étrangères qui investissent en France, s’implantent durablement et créent donc des emplois sur le long terme.

> Le baromètre Ernst & Young sur l'attractivité de la France


Quels sont les atouts de la France pour les séduire ?
Nous avons l'une des meilleures productivités au monde, devant l'Allemagne et le Royaume-Uni. Nous avons surtout un dispositif qui nous fait gagner tous les matches : l'innovation. Nous faisons des efforts considérables dans ce domaine, avec 6,5 milliards de Crédit impôt recherche par an. Et en additionnant secteurs privé et public, nous sommes troisièmes mondiaux au classement de l'innovation Thomson Reuters. On a l'image d'un pays ultra-créatif. D'ailleurs, je dis souvent qu'à notre devise "liberté, égalité, fraternité", nous devrions ajouter "créativité".

Malgré tout, nous attirons moins d'entreprises que l'Allemagne et le Royaume-Uni...
La baisse des investissements en France a commencé en 2010, sous Nicolas Sarkozy. En 2013, nous avons enrayé ce recul et nous enregistrons des victoires en matière d’implantations d’entreprises et d’investissements étrangers. Nous sommes l'un des pays les plus ouverts d'Europe, contrairement aux préjugés et au dénigrement systématique que véhicule la presse britannique.

Justement, on se souvient que David Cameron avait déroulé en 2012 "le tapis rouge" aux entrepreneurs français si François Hollande était élu. Que leur dites-vous aujourd'hui ?
Je dis que quand ils auront voté pour la sortie de l'UE, la France déroulera le tapis rouge aux investisseurs britanniques qui vont fuir leur pays. Ils viendront tous en France, car on a besoin de l'Europe quand on est une entreprise.

Vers quels pays êtes-vous tourné pour solliciter des investisseurs ?
La bataille de l’attractivité se joue avec les pays émergents. Donc avec le Brésil, l'Amérique du Sud de manière générale, les pays de la péninsule arabique, les Indiens, les Algériens. Nous avons réussi une belle alliance avec le chinois Dongfeng, pour PSA. Nous sommes en train de modifier le champ géographique de l'attractivité.

Comprenez-vous que certains de ces investisseurs puissent faire peur en France ?
Dans certains cas, rares, il y a eu des dépeçages, des délocalisations, des captations technologiques. Ces comportements de prédation ont alimenté la crainte. Désormais, les secteurs stratégiques de notre économie peuvent être protégés, grâce au décret de patriotisme économique, que j'ai signé avec Manuel Valls. Ce décret, qui n'est pas contesté à Bruxelles, est applicable dès maintenant, et sera utilisé en ce sens.

Les réflexes patriotiques, comme celui qui a motivé le décret dans le dossier Alstom, ne sont-ils pas de nature à les effrayer ?
Quelle est la première destination au monde pour les investissements étrangers ? Les Etats-Unis. Or c'est l'endroit où le contrôle des investissements étrangers est le plus fort. Et quelle est la deuxième destination ? La Chine. Là, l'investissement est claquemuré dans des joint-venture obligatoires si vous voulez investir. Donc cela ne détermine pas les investisseurs étrangers, qui veulent juste des règles claires. Et ils n'ont rien contre le fait que l'Etat, dans un certain nombre de secteurs, demande à coopérer avec leurs intérêts.

Vous avez vous-même reconnu que la négociation sur le traité transatlantique était opaque. Sommes-nous condamnés à le subir ?
Non, c'est indispensable que les gouvernements fassent entendre leur voix. La France a communiqué un certain nombre de lignes rouges à Bruxelles, nous verrons si elles sont franchies. Et si elles le sont, le gouvernement s'opposera à toute forme de ratification d'un traité qui ne serait pas conforme à nos intérêts.

Ségolène Royal affiche une position de plus en plus proche de la vôtre, sur des dossiers comme le gaz de schiste. Sa vision de l'écologie est-elle un atout pour l'économie ?
J'apprécie les premières semaines de travail que j'ai passées avec Ségolène Royal pour mettre en oeuvre les 10 plans industriels copilotés par nos deux ministères. Elle sait prendre des décisions, je la trouve très pragmatique, concrète et modérée. J'ai besoin qu'on partage la vision et elle est capable de marier l'écologie et l'économie. Comme moi, elle refuse l'écologie punitive : l'écologie est une construction commune, ce n'est pas une sanction.

Quel slogan donneriez-vous aux investisseurs étrangers pour les attirer en France ?
En France, ils auront une base créative, productive qu'ils trouveront très difficilement ailleurs. Parce que les Français sont tous des ingénieurs. Les ouvriers, les commerciaux, les politiques sont des ingénieurs. Et dans ingénieur, il y a génie.

Dimanche, les électeurs ont lourdement sanctionné la majorité, alors que le FN est le premier parti de France. Comment doit réagir le gouvernement ?
Nous souhaitons baisser durablement le chômage, redonner du pouvoir d’achat à nos concitoyens et améliorer la compétitivité de nos entreprises. Nous avons besoin pour cela de retrouver des marges de manœuvre au niveau européen tout en réduisant nos déficits. Je rappelle que nos marges de manœuvres sont réduites par la dette abyssale laissée par nos prédécesseurs. Les efforts demandés aux Français pour rétablir nos comptes publics sont perçus comme des sacrifices inacceptables. La question de la réorientation de notre politique économique est posée. Le vote de dimanche nous engage à la méditation collective.