Rivalités féroces, guerres internes et machinations au cœur du plus prestigieux théâtre russe... Le procès de l'attaque à l'acide du directeur artistique du Bolchoï, qui va passionner Moscou à partir de mardi, a tous les ingrédients d'une tragédie. La semaine dernière, lors d'une première audience finalement ajournée, le principal suspect, le danseur Pavel Dmitritchenko, était apparu extrêmement pâle, d'énormes cernes autour des yeux. Ce soliste de 29 ans risque gros : 12 ans de camp.

Il nie avoir planifié une telle attaque

L'ancien interprète d'Ivan le Terrible est en effet soupçonné d'avoir commandité l'agression, le 17 janvier dernier, de Serguei Filine. Celui-ci avait pratiquement perdu la vue et avait été grièvement brûlé après s'être fait aspergé de vitriol devant son domicile (une greffe de peau et plusieurs opérations aux yeux lui ont permis de réintégrer le théâtre en septembre). Dmitritchenko, en désaccord avec la gestion du maître de ballet, à qui il reprochait également d'avoir privé sa compagne du rôle principal dans le Lac des Cygnes, nie avoir planifié l'attaque. Mais il reconnaît avoir accepté la proposition de Iouri Zaroutski, l'auteur présumé, de "frapper Filine". Un troisième homme, le chauffeur Andreï Lipatov, prendra place à leurs côtés dans le box des accusés.

Ce procès pourrait donner lieu à un nouveau grand déballage sur la terrible guerre des clans qui fait rage au Bolchoï. Le danseur étoile Nikolaï Tsiskaridzé, en conflit ouvert avec la direction après l'attaque à l'acide, et renvoyé depuis du théâtre, comparaîtra notamment en tant que "témoin de la défense". La juge chargée des audiences, l'impitoyable Elena Maximova, pourrait quant à elle apporter sa touche à ce sinistre tableau : au cours de sa carrière, elle a prononcé plus de 150 verdicts de culpabilité... et aucun acquittement.