C'est un gros pavé dans la mare que jette le palmipède le plus célèbre de France. Dans son édition datée du mercredi 21 janvier 2015, Le Canard Enchaîné révèle qu'un des trois auteurs des attaques sanglantes survenues dans la capitale entre le 7 et le 9 janvier a été arrêté par la police dix jours avant les faits... puis laissé libre.

Ainsi, le 30 décembre 2014, rue Simon-Bolivar (19e arrondissement de Paris), "tout près du terrain de jeu des frères Kouachi et de la filière irakienne des Buttes-Chaumont", deux policiers à moto procèdent à de banals contrôles. Ils stoppent alors une Seat Ibiza louée à une agence Sixt d'Orly avec à son bord un homme et une femme. Le permis du conducteur, au nom d'Amedy Coulibaly, n'est pas définitif mais en règle, toute comme les papiers de sa passagère, une certaine Hayat Boumeddiene. Les deux personnes indiquent qu'elles vivent ensemble, rue Marx-Dormoy, à Fontenay-aux-Roses dans les Hauts-de-Seine, où ils vivent effectivement depuis le mois de juillet.

Un nom qui "sonne"

S'il n'y a rien de suspect dans le comportement des passagers, les policiers prennent tout de même, toujours selon Le Canard, l'initiative de consulter le fichier des personnes recherchées (FPR). Le nom de Coulibaly ne passe alors pas inaperçu. "La 'fiche' active est signée du service demandeur 'AT' – pour 'antiterrorisme'- et porte la mention 'PJ02'" précise l'hebdomadaire satirique.

Les deux policiers informent alors discrètement leurs supérieurs et les services de l'antiterrorisme de ces faits. Malgré leur alerte, malgré le plan Vigipirate suite aux tristes faits divers de Joué-les-Tours, Nantes et Dijon, personne ne réagit. Pas de question aux deux jeunes, pas de surveillance, pas de filature, et deux individus qui repartent comme si de rien n'était.

Les "failles" de Valls ?

La suite, on la connait. Le couple prendra la direction de Madrid. De là, Hayat Boumeddienne s'envolera le 2 janvier pour la Turquie avec un complice présumé avant de rejoindre le 8 janvier la Syrie. Enceinte de plusieurs mois, la jeune femme âgée de 26 ans devrait d'ailleurs accoucher prochainement.

Amedy Coulibaly, lui, aurait regagné la France après son escale madrilène. Il réapparaîtra le 8 janvier, à Montrouge (Hauts-de-Seine) puis le 9 janvier, porte de Vincennes où il sera abattu par les forces de l'ordre. Entre ce contrôle de routine et son décès, il aura tué 5 personnes et blessé une autre au moins, un agent de la ville de Montrouge.

Le vendredi 9 janvier, au JT de 20 heures TF1, peu après le dénouement de la prise d'otages de l'Hyper Cacher du 12e arrondissement de Paris, Manuel Valls, Premier ministre, évoquait des "failles". "Il y a eu une faille bien évidemment. Quand il y a 17 morts, c'est qu'il y a eu des failles. C'est pour cela que nous devons tirer des leçons, analyser de près ce qui s'est passé. Nous le devons, ce devoir de vérité, aux victimes, à leurs familles et à nos compatriotes". Si les policiers de la rue Simon-Bolivar n'ont commis aucune faute, car la "consigne était", selon Le Canard, "de ne pas interpeller Coulibaly", il y a eu de toute évidence des erreurs irréparables quelque part.

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