Au terme d'un bouclage de la ville et d'une chasse à l'homme d'une ampleur ayant peu de précédents, la police américaine a annoncé vendredi soir avoir capturé Djokhar Tsarnaev, 19 ans, le second jeune homme d'origine tchétchène fortement soupçonné d'avoir commis le double attentat à la bombe qui avait fait trois morts et près de 180 blessés le 15 avril, lors du marathon de Boston.

Trahi par des traces de sang

Vingt-quatre heures après la mort de son frère, Tamerlan Tsarnaev, 26 ans, abattu lors d'une course poursuite et d'une fusillade avec la police durant laquelle environ 200 coups de feu ont été tirés et un policier a été tué, Djokhar qui, abandonnant son véhicule, avait réussi à prendre la fuite a été retrouvé à Watertown, dans la banlieue ouest de Boston. C'est un riverain qui, voyant du sang sur un bateau entreposé dans un jardin, a alerté les autorités. Le suspect s'était caché dans l'embarcation.

Les forces de l'ordre l'ont apparemment appréhendé sans difficulté, d'autant que le présumé terroriste était "grièvement blessé". Selon le chef de la police Ed Davis, cela remonterait aux échanges de tirs nourris de la veille, sur le campus du Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Cambridge. L'enquête est loin d'être close, mais officiellement, ce jeune homme était pour l'heure la "seule personne" encore recherchée par la police. Reste "beaucoup de questions sans réponse" selon le propre mot du président Barack Obama, qui a salué dans la soirée le travail des forces de l'ordre et s'est félicité du dénouement de la traque.

Soulagement et joie dans les rues

De même dans les rues de Watertown où Djokhar Tsarnaev a été interpellé, dans celles de Boston et plus largement aux Etats-Unis, la nouvelle a été saluée par une explosion de cris de joie et d'applaudissements. Des Bostoniens soulagés sont descendus dans les rues, brandissant pour certains la bannière étoilée, et ont fait une haie d'honneur aux véhicules des secours. "USA, USA" scandaient-ils au passage de la police et des pompiers.

Pour les Bostoniens, il s'agit non seulement d'un soulagement, mais aussi d'une libération, alors que toute la journée de vendredi, des milliers de policiers quadrillant l'agglomération, la population avait reçu l'ordre de rester chez elle. Dans le même temps les écoles étaient fermées, les rideaux et stores des magasins baissés, les transports en commun suspendus, les trains à l'arrêt et les avions interdits de survoler la ville en état d'alerte.

Un attentat islamiste ?

Désormais, l'enquête devra déterminer si les frères Tsarnaev ont bénéficié de complicités aux Etats-Unis, où ils vivaient depuis 2003, voire à l'étranger. Bien sûr il s'agit aussi de comprendre leur mobile. Depuis Makhatchkala, la capitale du Daguestan, le père des deux hommes les a décrits comme des "musulmans fervents", sans les présenter comme des jihadistes pour autant.

Parmi les éléments qui accréditent cependant cette hypothèse : sur une page YouTube à son nom créée en août dernier, Tamerlan, l'aîné des Tsarnaev, qui avait abandonné ses études d'ingénieur pour se faire boxeur avait consigné plusieurs vidéos estampillées "islam" et "terrorisme". Du point de vue du président tchétchène, la république du Caucase à majorité musulmane, l'origine des deux frères n'est pas en cause. Soulignant qu'ils n'avaient jamais vécu en Tchétchénie, mais grandi et étudié aux Etats-Unis, il a estimé qu'"il faut trouver les racines du mal en Amérique".

La nationalité américaine acquise un 11 septembre

"Nous ne connaissons pas les Tsarnaïev, ils ne vivaient pas en Tchétchénie, ils vivaient et étudiaient en Amérique. Ce qui s'est passé à Boston est la faute du renseignement américain", a répété devant la presse Ramzan Kadyrov, le numéro un tchétchène.

En 2011, "à la demande d'un gouvernement étranger", la police fédérale américaine s'était intéressée à Tamerlan Tsarnaev et l'avait même interrogé, mais le FBI n'avait relevé "aucune information suspecte" à son sujet. Son cadet, qui lui était toujours inscrit dans une université de la région et pratiquait la lutte, est décrit comme un garçon plutôt agréable, mais sans doute sous l'emprise de son frère qui le fascinait. Coïncidence  troublante, selon les médias américains, Djokhar Tsarnaev avait obtenu la nationalité américaine le 11 septembre dernier, soit le jour anniversaire du plus grave attentat qu'aient subi les Etats-Unis. Lundi dernier, avec son frère et modèle, il serait passé à l'acte, disposant les deux bombes artisanales qui ont explosé à douze secondes d'intervalle au milieu de la foule, près de la ligne d'arrivée du marathon de Boston.