Un regard mélancolique sous des mèches brunes lui tombant sur les yeux, la bouche cernée d'un bouc et un faux air de Jim Morrison. Le jeune homme en couverture du dernier Rolling Stone ressemble aux dizaines de stars du rock qui, tous les deux mois, sont célébrées par le magazine américain. Sauf que, cette fois, la vedette n'est autre que Djokhar Tsarnaev, l'accusé des attentats de Boston en avril dernier. Un choix qui a attiré une avalanche de critiques, obligeant Rolling Stone à sortir de sa réserve.

La photo de Djokhar Tsarnaev, t-shirt blanc adossé à un mur, illustre l'article principal du bimensuel dans lequel la journaliste Janet Reitman retrace le parcours de cet "étudiant brillant et prometteur rejeté par sa famille, tombé dans l'islam radical, qui s'est finalement transformé en monstre". Mais le portrait, qui lui donne un air romantique, a déclenché une avalanche de critiques dans un pays encore traumatisé par l'attentat de Boston. Une attaque que le jeune Américain d'origine tchétchène est accusé d'avoir planifié avec son frère, depuis décédé, et qui avait fait 3 morts et 264 blessés.

"Donner une touche de glamour au terrorisme"

La page Facebook du magazine s'est très vite retrouvée inondée de commentaires acerbes, voire orduriers. Au total, ils sont plus de 11 000 à s'insurger sur le réseau social : une certaine Adrienne Graham accuse Rolling Stone de "donner une touche de glamour au terrorisme", tandis que Tom Guerra estime que "la photo du petit garçon de 8 ans tué par cette ordure" aurait été bien plus à sa place en Une que celle de Djokhar Tsarnaev. La chaîne américaine CVS a de son côté annoncé sur son compte Twitter qu'elle boycotterait le numéro "par respect pour les victimes et leurs proches". La chaîne Roche Bros de supermarchés de la région de Boston a également décidé de ne "pas proposer ce produit à la vente dans (ses) magasins". "Votre couverture (datée du) 3 août récompense un terroriste en le traitant comme une personne célèbre", a déploré le maire de Boston Thomas Menino, dans un courrier adressé au magazine. Lequel a été contraint de justifier son choix.

"Il est d'autant plus important pour nous de regarder attentivement la complexité de cette affaire et d'aboutir à davantage de compréhension de la manière dont une telle tragédie peut se produire que (l'accusé) Djhokhar Tsarnaev est jeune, et appartient à la même tranche d'âge que beaucoup de nos lecteurs", a expliqué le magazine dans un communiqué. "Notre cœur est avec les victimes de l'attentat du marathon de Boston, et nos pensées vont toujours vers elles et leurs familles. L'histoire que nous publions cette semaine fait partie des traditions du journalisme et de l'engagement depuis longtemps de Rolling Stone à faire une couverture complète et sérieuse de la plus importante question politique et culturelle de notre époque", estime le magazine.