Ses fréquentations étaient, pour la plupart, des figures de l'islamisme violent français. Le portrait de Chérif Kouachi, qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo avec son frère Saïd le 7 janvier 2015, se dresse peu à peu, un an après. Les notes des services de renseignement, dont celles de la DGSI, décrivent un homme méfiant, changeant souvent de portables. Chérif Kouachi a été condamné dans l'affaire de la filière irakienne des Buttes-Chaumont, démantelée en 2005. Les années qui suivent sont cruciales dans la formation de son réseau. En témoignent ses échanges au fil des ans avec Mohamed al-Ayouni, vétéran du front irakien, mais aussi Peter Cherif, également condamné dans ce dossier et qui retient l’attention des enquêteurs.

Si ce sont les papiers de Saïd Kouachi qui sont utilisés, les enquêteurs pensent que c'est bien Chérif Kouachi qui s'est rendu à l'été 2011 au Yémen via Oman, pour y rencontrer ce personnage clé. Pendant le vol, il est aux côtés de Salim Benghalem, un délinquant radicalisé de 35 ans, tête d’affiche des djihadistes français en Syrie. En février 2015, Salim décrit dans une vidéo le "grand plaisir" que lui ont procuré les attentats. "On attend que d'autres frères prennent le même exemple". Mais il ne fait pas état de Chérif Kouachi qu'il connaît pourtant.

Proche d’un cadre d’Aqpa basé au Yémen

En avril 2012, Chérif Kouachi est présenté comme "l'un des contacts en France" de Peter Cherif, cadre d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). La DGSI le soupçonne "d'organiser, depuis le Yémen, une filière d'acheminement de djihadistes susceptible d'impliquer" Chérif Kouachi. Quelques mois plus tard, des mails sont échangés entre le Yémen et un cybercafé voisin de l'appartement de Kouachi. Fin 2012, la police s'inquiète des recherches Internet de ce dernier "sur une éventuelle collocation d'une chambre dans la ville d'Al Jouf", fief d'Aqpa, l'organisation dont se sont réclamés les frères Kouachi après la tuerie de Charlie Hebdo.

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Chérif Kouachi est aussi un intime de Djamel Beghal, rencontré en détention à Fleury-Mérogis en 2006. En mars 2010, Amédy Coulibaly et lui iront rendre visite à ce proche des GIA algériens à Murat (Cantal), assigné à résidence après avoir purgé sa peine pour un projet d'attentat à Paris. Pour la DGSI, Kouachi apporte un "soutien logistique et amical" à Beghal, qu'elle soupçonne de préparer sa fuite. Quelques semaines plus tard, ils sont interpellés pour le projet d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, un des auteurs des attentats à Paris en 1995.

Des contacts avec le groupe de Francfort et les "filières tchétchènes"

Selon une note d'octobre 2010 sur la prison de Meaux, Kouachi est un "proche de Menad Benchellali jusqu'à la sortie de ce dernier". Vétéran d'Afghanistan, il a été condamné dans l'affaire des "filières tchétchènes", accusées d'avoir fomenté des attentats en France en 2001-2002. Dans la même note, Chérif est décrit comme "un fidèle de Mourad Feridhi", qui purgeait sa peine pour un braquage raté, destiné à financer Al-Qaïda. Le 8 février 2012, à Clichy Sous-Bois, Chérif Kouachi est sous surveillance quand il monte dans une voiture avec Slimane Khalfaoui, membre du groupe de Francfort, condamné pour un projet d'attentat contre la cathédrale de Strasbourg et le marché de Noël en décembre 2000.

Au printemps 2012, Chérif Kouachi apparaît en marge d'un dossier judiciaire de revente de chaussures et de vêtements de contrefaçon chinois. Selon une note de juin 2012, "une partie du fruit de ce commerce illicite constitue un soutien financier à la mouvance terroriste". Son associé est Fritz-Joly Joaquin, intercepté sur la route de la Syrie quelques jours après les attentats de janvier 2015. Cette enquête conduit les policiers à un gérant de taxiphone et patron d'un garage, surnommé "le Kabyle", qui vit à Mantes-La-Jolie.

Cet homme a salarié plusieurs salafistes, dont un ancien de Guantanamo. En juillet 2013, les services de renseignement jugent "peu probable que la nature des relations" entre le "Kabyle" et Kouachi, "soit exclusivement d'ordre professionnel". Le "Kabyle" est aujourd'hui en prison, mis en examen pour avoir participé à la fourniture d'armes à Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir voulu commettre en avril 2015 un massacre dans des églises du Val-de-Marne et accusé du meurtre d'Aurélie Châtelain.